Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 1)

publié du 9 décembre 2006 au 30 juin 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Vers la saison 2

L’étiquette (1) : Un peu de manières et deux doigts de silence éloquent

On n’entre pas dans un dojo, le lieu d’entraînement, le lieu où l’on « vient chercher la voie », sans un minimum de manières qu’il convient de respecter. Cela s’appelle l’étiquette.
Déjà (on le comprendra aisément), jamais un mot plus haut que l’autre. On imagine sans difficultés les conséquences fâcheuses pour le débutant qui se laisserait aller à être aussi ramenard que sans cervelle…
Une seule exception à cette règle du silence : le Kiai, sorte de cri primal libérant l’énergie à la fin de techniques instrumentalisées (sabre ou bâton…). Mais nous aurons certainement l’occasion d‘y revenir.
D’ailleurs, en règle générale, on n’entre pas dans un dojo pour parler. Je veux dire au moins sur le tatami, sauf dans deux cas précis : pour dire « bonjour » et pour dire « merci ». Je vais être honnête. Pour l’instant, j’ai beaucoup de mal avec les mots japonais. Oui, parce que bien sûr, il convient de dire « bonjour » et « merci » en japonais. Reconnaissons-le, parvenir à prononcer ces mots pour nous Français est un véritable morceau de bravoure. L’expérience n’est pas sans rappeler les conclusions auxquelles mène inévitablement la prononciation, pour nous pauvres Français, du « th » anglais : le constat pur et simple de nos limites.
Ainsi, au début du cours, après avoir salué le Kamisa ou mur d’honneur où se trouve une photo représentant le fondateur de l’Aïkido, Maître Ueshiba Moriei (autrement appelé O Sensei), après le Rei donc (Rei : « salut »), Maître ou élève vous vous saluerez en vous disant réciproquement : Onegaï shimasu (littéralement : « je vous fais une requête, s’il vous plaît »). À la fin du cours, après avoir satisfait à la même exigence, Maître ou élève vous saluerez en disant : Domo Arigato gozaïmashita (« merci »). Enfin, avant de plier bagage vers d’autres aventures, chaque couple de partenaires du dernier exercice se saluera également en se disant merci. Dans ce cas précis, les deux partenaires ne se quitteront pas des yeux, des fois qu’il prendrait le vertigo à l’un des deux de coller un bourre-pif à l’autre, comme ça pour rire…
Ces politesses doivent être répétées par les couples qui s’affrontent à chaque exercice.
À la fin de la séance et si au cours de celle-ci le Ken (sabre) a été utilisé, chaque pratiquant posera le sabre sur son côté droit, lame vers soi, sauf pour les deux derniers partenaires en bout de ligne qui positionneront la lame vers l’extérieur et protègeront ainsi la compagnie de toute agression.
On n’est jamais trop prudent.
Même un peu déroutantes pour un occidental, ces cérémonies sont loin d’être superflues car elles règlent la vie de compagnons de jeu dans une discipline de combat, compagnons de jeux qui, s’ils se crêpent la tonsure au peigne fin, doivent s’attacher à travailler toujours en harmonie.
Aussi bien, à voir un cours d’aïkido de l’extérieur, un observateur léger et primesautier aura l’impression qu’il a affaire à un aréopage de premiers de la classe, muets, aussi instables que volages puisqu’ils changent de partenaires tous les quatre doigts, alternant galipettes et « merci-bien-non-c’est-moi ». Ce en quoi nous ne saurions trop lui conseiller de creuser un peu l’affaire au risque d’aller tout droit vers une déconvenue cuisante et cruelle.