Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 1)

publié du 9 décembre 2006 au 30 juin 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Vers la saison 2

Aïki s’y frotte s’y pique

Affable et courtois, l’aïkidoka est d’un naturel réservé, placide, voire mélancolique, et cependant jovial. Pour l’énerver, il faut faire preuve d’une imagination et d’un entêtement qui, d’un certain point de vue, pourraient forcer le respect. Si ce n’était que de lui, il ne se passerait jamais rien. Or, nous vivons dans un monde où - doit-on le regretter ? - il se passe toujours quelque chose, où il y a toujours un comique pour asticoter le chaland qui passe et où l’aïkido a donc, rigoureusement parlant, un sens. C’est le principe de réalité. Cosmique. Alors, naturellement, sur le tatami il faut bien jouer la comédie humaine telle qu’elle se joue. C’est pourquoi le pacifiste-né doit se faire violence et jouer le rôle d’Uke (l’agresseur) avec la plus grande « sincérité » pour que Tori (celui qui s’en défend par la technique la mieux appropriée) puisse apprendre à s’en débarrasser.
Uke dispose d’un nombre de prises de contact avec Tori relativement limité. Les « formes d’attaque » sont l’atémi ou « frappe », dont nous parlerons plus tard, et les saisies (avant et arrière).
Les saisies sont essentielles pour bien démarrer une technique. Elles font l’objet d’une combinatoire infinie. Le Guide du débutant, avec un euphémisme tout pédagogique et dans l’intention à peine voilée de rassurer le béotien, résume à 8 les positions pour les saisies avant et à 5 celles pour les saisies arrière. Leur nom varie selon que Tori et Uke, placés en vis-à-vis, mettent le même pied en avant ou le pied inverse, selon que Uke saisit la main du même côté ou du côté opposé, la main de Tori avec les deux mains, son épaule avec une ou deux mains, le tout devant ou par l’arrière… 
Encore n’évoquerai-je pas ici une grille de complications supplémentaires dans laquelle les façons d’« engager le dialogue » ou « formes d’application » viennent se décliner selon que les deux partenaires sont debout (Tachi waza), à genoux (Suwari waza), ou l’un à genoux et l’autre debout (Hanmi handachi waza). Ce court descriptif pour montrer que, d’emblée, avant même d’avoir esquissé le premier pas de danse, vous aurez immanquablement le tournis.
« Jeux de mains, jeux de vilains ! » Oui peut-être bien, Maman mais, paradoxe déroutant, ces jeux de mains sont le point de départ d’une pratique martiale pleine de sagesse et de respect de l’autre.
Saisir contre sa volonté un aïkidoman par la main est une erreur fatale et si, d’aventure, ce qui est peu probable, vous rencontrez l’un d’entre eux auquel, empli de ressentiment, vous seriez tenté de serrer la louche façon tournevis, tournez-lui plutôt les talons, au risque de paraître impoli, et fourrez-vous les mains dans les poches, votre mouchoir par-dessus !!!