Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 1)

publié du 9 décembre 2006 au 30 juin 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Vers la saison 2

Plus nouveau que moi

Aborder toute chose avec un cœur neuf.
Maître Seïgo Yamaguchi
 

Il y a maintenant sur le tatami plus nouveau que moi. Cela me fait un peu drôle. J’ai un peu l’impression d’être poussé par derrière ! Certains parmi nous sont arrivés après moi et comme moi, ils ont été accueillis par des membres du bureau ou des membres avancés qui, s’empressant auprès d’eux, les ont présentés à l’ensemble du groupe réuni sur le tatami. Une question leur est fréquemment posée : ont-ils déjà pratiqué l’aïkido ou un autre art martial ? Mais, au-delà, les présentations sont somme toute assez brèves. Une certaine forme de retenue est de mise pour ne pas mettre mal à l’aise la personne qui arrive. Or, si le nouveau est présenté au groupe, les autres ne le sont pas, ce qui fait qu’un nouveau pourra mettre un certain temps avant de connaître les autres un peu mieux. Mais, le temps de vous expliquer la chose et la pratique sur le tatami a commencé et elle y supplée déjà. La pratique n’est-elle pas au fond le meilleur moyen de se connaître les uns les autres ? Puis viennent ensuite d’autres manifestations de l’association : un stage, un pot, une sortie…

On pourrait d’ailleurs trouver là matière à de belles histoires pour les générations à venir, des contes bien édifiants sur la veuve ou l’orphelin à raconter aux veillées d’hiver sous l’âtre où brûle un bon feu, comme, tiens ben justement, un orphelin se retrouvant nez à nez, Tori-Uké devrais-je plutôt dire, avec son géniteur sur le tatami, ce géniteur qui lui a tant manqué pendant toutes ces années, après maintes recherches infructueuses… Mais, bon, on va encore dire que je m’égare…

En tout état de cause, si on est toujours le nouveau de quelqu’un, un nouvel arrivant l’est a priori de tous ceux qui, déjà présents, l’accueillent.

C’est ainsi que parfois, répétant une technique avec un plus nouveau que moi, je sens à ses yeux qu’il me voit, à tort, comme quelqu’un de plus initié que lui. Quelques mois ne suffisent pas à faire la différence et l’erreur serait de céder à ce regard qui, de temps en temps, pour peu que l’explication ait échappé à son entendement, réclame à « plus avancé », du moins le croit-il, un complément d’information qui le guidera dans la pratique. Seul le professeur peut le faire vraiment, et aussi certainement les avancés portant hakama, encore qu’eux-mêmes ne le fassent qu’à dose homéopathique et seulement à coup sûr.

On aurait tort de rapporter la mesure de l’apprentissage à la chronologie des arrivées. Si l’image de la voie que l’on suit est pertinente, la place des personnes qui la suivent sur celle-ci peut varier à tout moment, quel que soit le degré d’avancement de la personne, d’une technique à l’autre… Tel qui se trouvait après moi, comprenant mieux que moi une technique, se retrouve parfois très loin devant moi… Les interruptions dans la régularité de l’entraînement ralentissent ce cheminement, de même un long moment d’oubli d’une technique pourtant apprise dans le passé.

Le rythme de l’apprentissage est donc fonction de la régularité de l’entraînement, du désir et de la volonté de progresser, de l’âge certainement, mais il est aussi et surtout propre à chacun et les professeurs consacrent une partie de leur attention à adapter ce rythme à chacun d’entre nous. Certes, il y a les passages de grades : ils fixent, à un moment donné, un jalon sur cette voie pour un certain nombre d’individus qui ont satisfait à l’exécution des techniques requises. Mais le cours reprenant, tout redevient mobile, volatil… La progression sur la voie de l’aïkido est comme le sens de l’équilibre lorsque l’on marche : une perpétuelle remise en cause sans laquelle aucune avancée n’est possible et je ne serais pas autrement surpris de découvrir que le nouveau que je suis aujourd’hui l’est peut-être moins que demain.