Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 1)
publié du 9 décembre 2006 au 30 juin 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Les oiseaux de passage
(À Michel,
à Jean-Michel,
à Bruno et ceux de Vauban, à ceux de l’ASPTT et
d’ailleurs
aux visiteurs et à tous les… « oiseaux de passage
»)
L’océan.
Le temps paraît immuable et la scène semble
éternellement se jouer. Même si les moments où je
jette un coup d’œil ne m’en donnent qu’un
spectacle intermittent…
De ma fenêtre je vois la grève. Là haut,
tourbillonne un nuage de mouettes rieuses. Elles se jouent de
l’air et de la mer, virevoltent, se chamaillent avec, en
fond sonore, le ressac dans lequel les galets chantent. Elles se
posent tout à coup sur le sable mouillé, à
égale distance, couvrant bien tout le territoire, le
disputant pied à pied au soleil, le regard tourné dans
la même direction, le bec contre le vent. Puis leur ballet
recommence, insatiablement.
Çà et là, quelques macareux noirs et blancs, la
mine bougonne, les rémiges croisées dans le dos,
passent derrière elles d’une démarche de
sénateur, comme à l’inspection. Ils semblent leur
faire un brin de leçon, les reprendre, l’une sur un
atterrissage un peu violent, l’autre sur le
déploiement un peu trop ample des ailes rapporté à
la vitesse de son vol.
Les mouettes rient mais retiennent la leçon.
Parfois, au fil des saisons, quelques oiseaux de passage viennent
les visiter. Elles ne semblent pas en prendre ombrage.
Curieusement. Si j’étais sûr de ne pas me
tromper, je gagerais même le contraire tant elles semblent
prendre plaisir au nouveau jeu que la situation permet.
À force d’observer ces hôtes occasionnels,
j’en ai remarqué de plusieurs sortes.
Bien sûr, de petites boules de plumes, les jours de
chaleurs, viennent se joindre à leurs ballets : passereaux
au vol effarouché de débutant et hirondelles qui, de
leurs ailes, sourient à grands coups d’arabesques dans
le ciel. La course des mouettes s’esclaffe alors de tous
côtés et le macareux de faction, gardien de
l’étiquette, les rappelle à la convivialité
nécessaire et les invite à accueillir ces nouveaux
compagnons de jeu avec les égards que tout visiteur est en
droit d’attendre. Parfois aussi, sans que l’on sache
pourquoi, certaines mouettes disparaissent du groupe, puis, parmi
elles, certaines aussi reviennent… Une sorte de
mystère entoure leur départ mais leur retour est
souvent l’occasion de grandes palabres cancanières et
de réjouissants jabotages…
Plus rarement, quelque goéland majestueux jaillit de
derrière les dunes ébouriffées d’oyats.
Attentif à chaque mouette, les évaluant d’un
regard qu’il pose comme sans y toucher, il plane
d’abord en silence au-dessus du groupe… Puis il vient
se poser, avec une délicatesse infinie, au beau milieu de la
bande qui cesse d’un coup ses cris stridents, ne bouge plus
et reste coite.
C’est lui qui va à présent mener le bal, à
sa mesure, pour un instant seulement, alternant apprentissage et
application, mais avec une vigueur et une bienveillance qui
laissera aux mouettes le souvenir de loopings et de chutes
vertigineuses dans le tremblement de leurs ailes blanches.
Une autre fois est-ce lui qui revient ou un autre
? même jeu, mais cette fois, avant de lancer le bal,
il rapporte avec lui je ne sais quel brin d’herbe ou quel
rameau qu’il dépose sur la terre en guise de
bienvenue. Non cette fois-ci, il s’agit bien d’un
autre mais ses leçons de voltige valent autant le
détour.
C’est, vous vous en doutez, depuis un rêve que je vous
parle (a-t-on jamais vu un macareux donner une leçon de vol
à une mouette ?) mais le plus étonnant de ce rêve
niche dans ce que ces maîtres du ciel offrent à leurs
hôtes à chacune de leurs visites : n’est-ce pas
en effet un exploit de « donner des ailes » aux
mouettes ? C’est en tous cas un comble qui est le moindre
de leur mérite.