Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 2)

publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Vers la saison 1

Notations de stage

  La joie est babillarde. Celle qui aura suivi le stage de Michel Erb (1) m’a conduit à noter en vrac diverses impressions et quelques propos entendus. À chacun de faire son marché. Ceux qui étaient présents s’y retrouveront, les autres… (les pauvres !)
C’était chouette, il y avait Laurent. Laurent est un copain de tatami de l’an passé, il a déménagé à Poitiers pour de nouvelles aventures. Il est revenu le temps d’un stage. Il y avait pas mal de personnes, extérieures au Club, de Lille mais aussi de Calais et quelqu’un de Forbach. C’est bon d’avoir des potes un peu partout. C’est bon d’avoir des potes.
Après un échauffement de bon aloi pour mettre le bal en train, nous aurons parcouru en deux cours de deux heures -si j’ai bonne mémoire et bien tout compris- les techniques suivantes : kokyu nage, sotokaiten nage, shiho nage, ikkyo autour d’attaques en yokomen uchi, shomen uchi et kata dori. Ceux qui m’aiment me pardonneront, les autres… (les pauvres !)
Comme ça, ça a l’air de faire peu mais c’était riche et dense. Ce n’est donc pas facile de rendre compte ; la notation est sans doute la façon la plus simple, elle qui va droit au but. Alors, c’est parti :
On a souvent tendance à attribuer au partenaire ce que l’on installe soi-même, sans s’en rendre compte, par une raideur du haut du corps, une distance trop appuyée. L’autre « ne se laisse pas faire » ? Mais n’est-ce pas plutôt moi qui empêche l’action, par crainte ou par un mauvais pli. Il y a donc nécessité en premier lieu d’effectuer un travail personnel de prise de conscience de sa propre position face à l’autre. Trois petites lucioles d’idées avant la pause :
- Vortex naturel : (les mots sont de moi mais l’idée était bien présente) permet de sortir de la ligne d’attaque en restant centré vers le partenaire et en l’aspirant dans une spirale qui, le déstabilisant, va favoriser l’exécution de la technique sans recours à la force.
- Soin apporté au centrage (véritable leitmotiv) : centrage du bassin, centrage des mains au-dessus de la tête dans shiho nage, par exemple.
- Iceberg : l’essentiel de ce qui se passe, on doit le devoir à ce qui se passe sous la ligne de flottaison de l’iceberg.
Ceux qui étaient présents comprendront, les autres…
Après la pause, les doigts des aïkidokas sont parfumés à la mandarine à moins que ce ne soit à l’essence de clémentine. Mandarines, clémentines, tout un symbole…
Dans le face à face tori-uké, faire la part du réalisme martial et de la complaisance entre gens de bonne compagnie. Ainsi puis-je retourner un bras à un millier de kilomètres. Je prends mon téléphone portable : « allo ? S’il te plaît tu peux retourner ton bras ? Oui ? Voilà, c’est fait. » Mais quel intérêt ?
Le regard : le regard de tori comme indication à uké. Je te regarde dans les yeux, tu me rends la pareille, et quand mes yeux se portent vers le sol, les tiens suivent comme aspirés par mon regard vers ce que je fixe et qui sera inexorablement ta destinée immédiate sous la forme d’une chute. Le test du regard a été très révélateur : fixez-vous les yeux dans les yeux attentivement, intensément quand l’un des deux tout à coup regarde ailleurs, le regard de l’autre suit malgré lui.
Tanto : donner un atémi sur une attaque au tanto (couteau) en shomen uchi ne semble pas forcément, selon Michel, une bonne idée parce que le bras de l’attaquant peut rebondir sur cette frappe plutôt que de s’en trouver déstabilisé. À tout prendre, il vaut mieux un contrôle et un accompagnement du bras tenant le tanto.
Il y a l’Aïkido avec ses techniques en omoté et en ura, et puis il y a l’« application ». Si l’Aïkido est l’art de faire les choses, ce qu’il convient de faire, l’« application » est la démonstration qu’en Aïkido, au-delà des techniques et des façons de les réaliser, ce qui compte c’est ce qui est fait à un instant donné face à une attaque donnée, c’est la démonstration que ça marche même dans le monde réel, c’est la réponse appropriée à l’attaque. Sans chichi par devant (omoté) ou par derrière (ura) sauf à considérer que la réalité le réclame. Par exemple dans l’« application » du shiho nage, la saisie à deux mains de l’avant-bras du partenaire, comme on prendrait un ken (sabre), peut nuire à l’efficacité de la technique, et en général une main suffit. Mais, pour réaliser convenablement cette application, cela suppose des années de pratique du shiho nage conventionnel pour apprendre le centrage, la coupe au-dessus de la tête, etc.
Le surpassé (autrement appelé chute enlevée) : il y a la chute avant avec son déroulé en appui sur le sol et il y a le surpassé qui est une chute avant dont l’appui se trouve en l’air. Moralité : quand tu chutes en surpassé, tu ne te maraves pas l’épaule vu qu’elle ne touche pas le sol, tu t’écrases simplement avec un bruit de fruit mûr, en frappant le sol, à la réception d’abord, de l’avant-bras. Merci à Émilie d’avoir osé la démonstration confirmant, s’il en était besoin, que les filles n’ont pas froid aux yeux. Bien sûr, il faut du temps pour l’apprendre et le genou de tori peut fournir un appui en l’air pour exécuter cette chute spectaculaire. Le rôle du regard là encore est très important et c’est quand tori regarde vers le sol qu’uke comprend qu’il doit partir en vrille. Pour moi, qui suis plutôt nounours, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que cette façon de chuter était bonne pour qui vit d’un hareng et a la cuisse héronnée… Mais c’est moi. Et le jour où je tenterai de réaliser cette chute, on aura l’impression d’assister au ballet de la baleine bleue qui, après avoir planté son énorme bosse dans le ciel, retombe à grand fracas d’éclaboussures dans l’océan.
Voilà ! Merci encore à Michel Erb de la part de tous ceux qui étaient présents, du club et d’ailleurs ; quant aux autres, les pauvres ! Mais qu’ils soient rassurés, tout n’est pas perdu puisque Michel revient à Marcq pour un nouveau stage le dimanche 3 février 2008.

(1) Michel Erb (http://www.michelerb.fr/accueil.htm), 5e Dan Aïkikaï, Diplômé d’État 2e degré, délégué technique régional pour la Fédération française d’Aïkido, d’Aïkibudo et Affinitaires.