Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 2)
publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Au clair ! Sabres de bois !
Quand nous
étions petits, nous jouions des heures durant. Le temps
n’avait pas de prise car nous nous donnions à fond
dans ces rêves que nous échafaudions et qui nous
aidaient à passer le temps ensemble. C’était des
jeux de rôles le plus souvent. Certains esprits forts ou
ingénieux ou imaginatifs inventaient un petit scénario.
Ce pouvaient être Zorro, D’Artagnan, Robin des bois,
telle bataille légendaire ou une guerre moins lointaine, un
peplum plein de monstres improbables ou encore d’autres
histoires. Il y avait les bons et les méchants, les
rusés, ou les rustauds. Les filles parfois se joignaient
à nous, ajoutant une dimension au départ
insoupçonnée des garçons, des préoccupations
étranges, des idées inédites. Les rôles
distribués (« alors, toi, t’étais Masciste
et toi Esmeralda, et pis, toi, tu disais comme
ça... »), les cartes elles, ne l’étaient pas
toujours d’avance et l’issue du jeu était
parfois incertaine.
Par certains côtés, l’entraînement
d’Aïkido me fait penser à cela. L’action y
est détaillée avant que d’être
réalisée. Il s’agit ensuite de la reproduire au
mieux.
Puis, à un certain stade de l’entraînement : qui
est tori ? qui est uké ? Les rôles
peuvent parfois s’inverser dans l’instant.
Or nos jeux d’enfants étaient vécus
d’autant plus intensément que nous croyions à ce
que nous faisions. Pour s’amuser grave, il fallait y croire
dur comme fer. Et ces jeux, en apparence anodins, ne nous
aidaient pas seulement à passer le temps, ils nous formaient
tout autant que l’école ou les recommandations de nos
parents.
Adultes, nous avons appris à ne plus croire aux
chimères, à développer un sens rationnel, à
faire face au réel en cantonnant nos rêves dans des
espaces précis, la télé, la lecture, le
cinéma. Nous n’avons pas appris à ne plus croire
mais, enfin, nous limitons notre foi dans le
« rigoureusement opérationnel », souvent par
nécessité, et parfois aussi, pour certains, dans une
dimension spirituelle.
Eh bien l’Aïkido, c’est comme nos jeux
d’enfants : il faut y croire. C’est une composante
essentielle de l’enseignement. Nous devons manier nos
sabres de bois comme s’ils coupaient comme des rasoirs.
Sinon, rien de ce que nous ferons ne sera vrai. Pas un
déplacement, pas un geste, pas un kiai ne sera
authentique et par là-même efficace en situation. Ce
qui est vrai des armes l’est tout autant des techniques
à mains nues. Uké ? Il faut croire au coup que
l’on porte ou à la saisie que l’on fait.
Tori ? Il faut croire en l’attaque à laquelle
on doit faire face et en l’esquive ou la technique que
l’on réalise.
La foi y a que ça de vrai.