Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 2)

publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Vers la saison 1

La douleur, le politicien et l’aïkidoka

Comme tout le monde, je suis chatouilleux ; j’ajoute, à ma courte honte, que je suis du genre à crier avant d’avoir mal… Or, une leçon que l’Aïkido partage avec les autres arts martiaux est qu’il faut s’habituer à la douleur.
En vérité, nous ne venons pas sur un tatami en masochiste. Mais il est clair que nous devons nous habituer à certaines formes de douleur. Y être préparé est une composante de la martialité que l’on peut attendre d’un pratiquant en Aïkido.

Serions-nous crédibles si à la première souffrance on se mettait à genoux en implorant grâce ?

Au quotidien, nous vivons dans un environnement où la douleur ne doit pas avoir de place. Tout est douillet, fait pour le confort, le plaisir des sens, rien ne doit jamais aller de travers, et la moindre souffrance doit aussitôt être neutralisée. C’est normal. C’est même bien. Mais, vu sous un autre angle, cela ne contribue pas à nous endurcir, ni physiquement, ni moralement. Une douleur arrive ? C’est insupportable : vite un remède. Le remède n’agit pas ? Panique ! Autant dire qu’il y a du boulot à faire. La pratique régulière de l’Aïkido permet de remodeler son corps et d’envisager un certain nombre de souffrances de façon plus apaisée.

Mais, d’abord, il convient de rappeler que l’Aïkido ne vise à faire souffrir personne. Rappelons deux recommandations de Morihei Ueshiba :
« 1. Les techniques d’Aïkido sont dangereuses et peuvent tuer dans l’instant, aussi est-il impératif de suivre à chaque instant les directives de votre professeur et d’éviter les rapports de force. […]
5. Dans l’entraînement quotidien, il faut commencer par des mouvements de base pour renforcer le corps sans dépasser ses limites. Échauffez-vous correctement, ce qui évitera les risques de blessures, surtout pour les personnes les plus âgées. Prenez du plaisir à vous entraîner et attachez-vous à mieux comprendre les objectifs de l’entraînement. » (1)
Le plus souvent il n’y a pas de douleur, mais lorsqu’elle surgit, ce peut être pour plusieurs raisons parmi lesquelles l’absence de souplesse ou la lenteur dans un déplacement qui, en bloquant une articulation, occasionnera la souffrance. Or la souplesse ça se travaille, à tous les âges, et la rapidité des déplacements aussi.
Certaines douleurs en Aïkido peuvent être ressenties comme vives mais elles sont souvent passagères et n’occasionnent pas a priori de traumatisme. Je pense aux torsions du poignet, par exemple, sur nikkyo, sankyo ou yonkyo. Évidemment on ne peut jamais écarter un risque de traumatisme mais ce risque est certainement moins élevé qu’à saute-mouton ou au jeu du mouchoir. D’abord, ce risque est calculé et le respect de l’étiquette ainsi que la progression de l’entraînement permettent de réguler la pratique en harmonie avec ce que les pratiquants sont capables de réaliser.

Enfin, être capable de souffrir sans broncher peut aussi être un atout et permet parfois de gagner du temps et de mieux préparer sa riposte, comme en témoigne l’histoire réelle suivante.
Un homme politique peu importe lequel fut amené à décorer un cadre sportif d’Aïkido. Celui-ci était venu en tenue d’aïkidoka. Avec la pompe qui convient, il lui plante les Palmes académiques, non seulement sur la veste mais aussi, malencontreusement, dans la peau. « Pendant tout mon discours, témoigne l’élu, confus, il a supporté stoïquement cette décoration plantée sur son corps. Et ce n’est qu’à la fin de la cérémonie qu’il a été pris d’un mouvement de lassitude extrême et qu’il a ôté sa décoration. […] ». (2)
Je vous laisse méditer cette anecdote qui, si l’on n’y prend garde, paraît au désavantage de ce sage en keikogi. Cela pourrait être une parabole, en réalité ce n’est qu’un simple fait divers qui n’a pas même défrayé la chronique. Mais n’est-ce pas, justement, ce qui fait son exemplarité ?

(1) Dans Kisshômaru & Moriteru Ueshiba (2006), Aïkido officiel, enseignement fondamental, Noisy-sur-Ecole, Budo Editions ; « Qu’est-ce que l’Aïkido ? », page 14.
(2) Dans Christian Delahaye & Henri de Saint Roman (1990), La politique du rire, Paris, Editions Balland.