Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 2)
publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Laissez tomber les p'tits papiers
Cher Papa
Noël,
Comme on se retrouve ! Voilà bien longtemps que je ne me
suis plus adressé à vous et, en vrai, je ne me rappelle
plus à quand remonte la dernière fois. Qu’est-ce
qui me pousse à me rappeler à vous ? Céder aux
caprices du temps ? Dégourdir ma plume ? Rien n’est
moins sûr…
Bon. Je pourrais vous rappeler qu’à Noël dernier,
je vous avais commandé un ken et un jo en
chêne blanc du Japon, un de ces fameux chênes qui
aurait eu au moins 45 ans de vie et aurait séché 5 ans,
deux armes assorties d’un petit flacon d’huile de lin
pour les frotter amoureusement et que… j’attends
toujours. Mais, non : je ne le ferai pas. J’ai pourtant la
preuve que j’avais été sage et méritais ces
présents. Car il ne suffit pas d’en être
convaincu par devers soi, encore faut-il pouvoir en apporter
quelque preuve et j’ai conservé le mot que vous avez
laissé sous le sapin à cette occasion :
« Bon pour un sabre et un bâton en bois pour taper sur les gens ».
Je le relis
d’ailleurs, de temps à autre, car il me fait rire et
je ne me lasse pas d’en apprécier la facétie :
emprunter l’écriture de mes enfants pour rédiger
ce billet est du dernier chic et, somme toute, le mot me
suffit.
Je n’ai ni le ken ni le jo promis mais je
peux m’en passer : au club, il y a tout ce qu’il faut
et j’attendrai d’être un jour un grand
samouraï pour penser à m’équiper comme il
convient : des cuissardes qui viendront masquer de bouffantes
culottes, des manchettes métalliques, une cuirasse à
quatre pans, un bandeau de résolution (1) sous le casque à visière, des
gantelets, les deux sabres réglementaires, l’un long,
l’autre court, sans oublier le masque terrifiant qui fera
peur à l’ennemi.
Cette année, je ne demanderai qu’une seule chose. Une
seule ! Oh ! Elle ne vous coûtera pas trop d’effort.
Elle ne nécessite même pas d’accessoire.
Houppelande, rennes, hotte, traîneau, mettez-les donc pour
une fois au rancart ! Je suis sûr qu’en me
l’accordant vous comblerez les vœux de millions de
gens. Je suis sûr aussi que les enfants du monde entier sont
prêts à renoncer aux cadeaux pour elle, ceux du moins
qui en reçoivent, et que, s’ils savaient, ils vous
adresseraient la même supplique. Une chose pas difficile du
tout. Une pauvre toute petite chose que je vous demande
humblement en seiza :
La paix dans le monde.
Et ne nous faites
pas le coup du bout de papier, hein ?
Ça ne marche plus : on nous l’a trop souvent fait.
(1) Le bandeau de résolution est un bonnet de tissu qui, ceignant la tête, assure une bonne assise au casque. Il figure en bonne place dans l’équipement du samouraï qui se prépare au combat. Il symbolise sa détermination.