Aïkido : Le journal d'un
débutant
(Saison 2)
publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Budô (2/2) : Back to fundamentals
Pour faire suite
à la réflexion de la semaine
précédente que j’avais illustrée avec
l’histoire de Pyambu Tuul au marathon des JO de 1992
à Barcelone, je voudrais clore le chapitre sur cette
histoire d’aïkido, de sport, de compétition et
de JO en citant les fondateurs de l’aïkido
eux-mêmes.
Rappelons d’abord que, même si Kenji Tomiki
(élève de Morihei Ueshiba et fondateur de
l’école d’Aïkido Shodokan) ou
d’autres ont mis au point un aïkido de
compétition, Morihei Ueshiba, fondateur de
l’aïkido, jugeait que la compétition allait
à l'encontre des principes mêmes de l'aïkido,
modalité particulière d’une quête
spirituelle empruntant la voie du budô. Mais d’abord
comment définir le budô ? Morihei Ueshiba le
définissait comme « un cheminement spirituel
fondé sur un entraînement constant du corps et de
l’esprit. »
Ainsi. à propos de l’aïkido, plutôt que
d’un sport, est-il plus juste de parler d’une
philosophie alliant le corps et l’esprit dans une seule et
même quête qui se concrétise par des exercices
et une pratique corporelle mais aussi par un comportement
vis-à-vis de l’autre et vis-à-vis du
monde.
Or, que nous dit-on du rapport de l’aïkido à la
compétition ? Écoutons ce que nous en dit
Kisshomaru Ueshiba, le fils du fondateur - La citation sera un
peu longue mais n’importe, elle est très clarifiante
:
L’aïkido s’appuie sur l’héritage
spirituel des arts martiaux et met l’accent sur
l’entraînement du corps et de l’esprit. Les
autres budô ont en revanche favorisé l’aspect
physique de la pratique en développant compétitions
et tournois et en faisant de la victoire l’objectif
prioritaire et sont ainsi entrés de plain pied dans le
monde du sport.
L’aïkido, tout au contraire, refuse de devenir un
sport de compétition et rejette toute forme de tournois ou
d’épreuves impliquant des catégories de
poids, la comptabilisation des victoires et le couronnement des
champions. Tout ceci ne sert en effet qu’à favoriser
égotisme, vanité et mépris des autres. La
tentation est grande de s’impliquer dans les sports de
compétition car tout le monde souhaite être gagnant,
mais rien n’est plus préjudiciable au budô qui
n’a d’autre objectif que de libérer
l’homme de lui-même et de son ego pour qu’il
comprenne enfin ce qui est réellement humain.
Mon objectif n’est pas de discréditer les arts
martiaux ayant choisi de devenir des sports modernes. Si
l’on se place d’un point de vue historique, cette
évolution était inévitable et
c’était même une question de survie dans le
Japon d’après-guerre où les arts martiaux
étaient proscrits par les autorités
d’occupation alliées. Devenus sports, ils ont
contribué à attirer de nombreux amateurs,
pratiquants ou spectateurs. Ceci est très positif, et il
serait inconvenant de nier que les jeunes sont
particulièrement attirés par les arts martiaux qui
proposent des compétitions dans la mesure où ils
valorisent le plus fort. Mais, malgré cette tendance
générale, l’aïkido refuse de rejoindre
les rangs et reste fidèle à l’essence du
budô : unité du corps et de l’esprit au
travers de l’entraînement.
Dans le monde de l’aïkido, des voix
s’élèvent occasionnellement pour
préconiser l’organisation de compétitions
afin d’élargir notre audience et d’assurer la
pérennité de notre art dans le monde moderne.
Certains pratiquants ont été jusqu’à
créer des écoles indépendantes afin de
développer un « aïkido de compétition
». Il s’agit là de graves errements,
impliquant à terme l’assimilation de
l’aïkido aux autres formes de sports modernes
organisant des compétitions nationales, voire envisageant
une participation aux Jeux Olympiques.
L’aïkido se situe bien au-delà de ce type de
démarche et la raison en est simple : l’aïkido
a pour unique préoccupation de préserver
l’essence du budô en transmettant les valeurs
spirituelles des arts martiaux traditionnels. Pour cela,
l’aïkido reste fidèle au principe fondamental
du budô, tel que l’a exprimé Maître
Ueshiba, un entraînement constant du corps et de
l’esprit conduisant l’homme sur le chemin de la
spiritualité.1
1. Kisshomaru Ueshiba (2006), L'esprit de l'Aïkido. Le
véritable sens de la pratique, Noisy-sur-École,
Budo Éditions - Éditions de l'Éveil ;
rééd.