Aïkido : Le journal d'un
débutant
(Saison 2)
publication hebdomadaire depuis octobre 2007
Sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Poids Coq et coq de bois
Un roi
désirait avoir un coq de combat très fort et il
avait demandé à l’un de ses sujets d’en
éduquer un.
Au début, celui-ci enseigna au coq la technique du combat.
Au bout de dix jours, le roi demanda :
« Peut-on organiser un combat avec ce coq ? »
Mais l’instructeur dit :
« Non ! Non ! Non ! Il est fort, mais cette force est vide,
il est excité et sa force est
éphémère. »
Dix jours plus tard, le roi demanda à l’instructeur
:
« Alors, maintenant, peut-on organiser ce combat ?
»
« Non ! Non ! Pas encore. Il est encore passionné,
il veut toujours combattre. Quand il entend la voix d’un
autre coq, même d’un village voisin, il se met en
colère… »
Après dix nouvelles journées
d’entraînement, le roi demanda de nouveau :
« À présent est-ce possible ? »
L’éducateur répondit :
« Maintenant il ne se passionne plus, s’il entend ou
voit un autre coq, il reste calme. Sa posture est juste, mais sa
vitalité est forte. Il ne se met plus en colère.
L’énergie et la force ne se manifestent plus en
surface. »
« Alors, c’est d’accord pour un combat ?
» dit le roi.
L’éducateur répondit :
« Peut-être. »
On amena de nombreux coqs de combat et on organisa un tournoi.
Mais les coqs de combat ne pouvaient s’approcher de ce
coq-là. Ils s’enfuyaient, effrayés ! Aussi
n’eut-il pas besoin de combattre. Le coq de combat
était devenu un coq de bois. Il avait
dépassé l’entraînement de la technique
de lutte. Il avait intérieurement une forte énergie
qui ne se manifestait pas en s’extériorisant.
La puissance se trouvait dès lors en lui, et les autres ne
pouvaient que s’incliner devant son assurance tranquille et
sa vraie force cachée.
Ce conte, extrait de Paroles Zen, recueil de textes par
Marc de Smedt paru chez Albin Michel dans la collection
Carnets de sagesse en 1994, est une belle illustration du
principe du Budô qui sous-tend l’aïkido et que
Kisshomaru Ueshiba résume de la façon suivante
:
Dans le bujutsu, on apprend à détruire
l’autre, dans le budô, on apprend à lui
montrer l’absurdité de son combat. (…) Le but
du budô, c’est la paix, le non-combat, mais pour
cela, il faut maîtriser les techniques de combat : il faut
savoir se battre pour ne plus avoir à se battre, en
d’autres termes il faut être prêt à la
guerre pour avoir la paix « si vis pacem, para bellum
» . En ce sens, l’aïkido est un budô par
excellence, en ce qu’il enseigne justement l’art de
s’unir à son adversaire pour se débarrasser
non pas de lui en le tuant mais de son agressivité en le
neutralisant.
(extrait de Kisshomaru Ueshiba, Aïkido,
Éditions : Japan Publications Trading Company; avril
1985).