Aïkido : Le journal d'un
débutant
(Saison 2)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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Silence d'or, bouche cousue et kiai
Sur un tatami,
tout propos est déplacé ; c’est du moins ce
que commande l’étiquette. Pas de discours, de
potins, de parlotes, de papotages, de conversations mondaines,
encore moins d’échanges de médisances ou de
vacheries, pas d’apartés ni même de
didascalies sur les techniques : les commentaires sont
réservés aux seuls professeurs. Encore
n’est-ce là qu’une adaptation toute
occidentale : car si mes sources sont fiables, j’ai
ouï dire que l’enseignement au Japon se fait à
bouche fermée, dans un silence total,
n’étaient les bruits froissés de la valse des
corps et quelques ahans involontaires.
Dans ces conditions, on serait fondé de penser que, pour
les partisans invétérés de
l’oralité que nous sommes, pouvoir porter haut et
fort un cri déchirant à la nuit de
l’existence constituerait une véritable
délivrance. Eh bien détrompez-vous, il n’en
est rien. Certains qui, faisant fi de l’étiquette
comme de colin-tampon, sont diserts à de certains moments,
semblent paralysés des mandibules dès qu’on
leur demande de pousser un kiai. La peur du ridicule est
peut-être pour quelque chose dans cet état de fait.
Toutefois, je n’en suis pas absolument sûr. Il
faudrait une étude psychosociologique fine sur un
échantillon représentatif de la population pour
faire toute la lumière sur cette incongruité. Bon,
mais déjà que je suis débutant en
aïkido, je ne vais pas m’engager dans une
carrière de psychosociologue maintenant. Et puis, je
soupçonne une certaine ignorance d’être
à la source de cette forme de tétanie, car au fond
qu’est-ce que le kiai ? Comment le pousse-t-on ? À
quelle occasion ? Pour quoi faire ? Quel son exactement faut-il
choisir : le « o », le « a », le «
i » ? J’ai cru remarquer que le « u »
l’était peu… Peut-on l’utiliser dans
d’autres situations, à l’oral du bac par
exemple ? J’ai le sentiment que si une réponse de
spécialiste était apportée à ces
questions, la force du kiai qui sommeille au plus profond de
nous, en serait certainement libérée, je me trompe
?
Alors, fidèle à l’orientation que je me suis
donnée depuis le début de cette chronique de tirer
au clair tout ce qui ne l’était pas, j’ai
cherché à m’informer. Et voici ce que
j’ai trouvé pour vous sur Wikipédia. Vous me
direz que, comme spécialiste, on fait plus identifiable
mais enfin rien ne vous empêche de vous documenter par
vous-même par ailleurs, disons que c’est un point de
départ :
« Kiai est un terme japonais, utilisé dans les budo. Il est composé des kanji (caractères chinois de la dynastie chinoise Hàn utilisés en langue japonaise et empruntés aux Chinois.)
Parfois vu à tort comme le « cri qui tue » des
karatékas, il s'agit d'une « extension du ki
», de l'extériorisation d'un « cri interne
», du souffle-énergie (kokyu-ryokyu) dans une coupe,
un mouvement martial. C'est la concentration de toute
l'énergie du pratiquant dans un seul mouvement.
Le kiai est un cri particulier : l'air est bloqué au
niveau de la gorge ou de la glotte par la contraction des
muscles. Anatomiquement, ce mouvement, s'il est bien
contrôlé, peut provoquer la contraction
simultanée de la plupart des muscles du torse et de
l'abdomen, ce qui peut amortir les coups reçus par le
pratiquant.
En tant qu'offensive, les effets du kiai sont légendaires.
Ainsi Miyamoto Musashi, un des plus célèbres
samouraïs du Japon féodal, aurait tué un
scorpion en poussant un cri inaudible, faisant chuter l'animal
mort devant son adversaire, lequel, impressionné, prit la
fuite. Certains ont avancé qu'un son correctement produit
puisse provoquer la mise en résonance d'un corps,
jusqu'à sa rupture ; il s'agit cependant d'une tentative
de rationalisation d'un fait jamais établi.
La maîtrise du kiai, le kiaijutsu, demande une bonne
connaissance et un bon contrôle de l'appareil respiratoire
et des muscles de l'abdomen. Le kiaijutsu développe donc
la force, la durée et la maîtrise de la
respiration.
Le concept, japonais, vient cependant de Chine, où les
moines du monastère de la colline Shaolin utilisent un cri
similaire pour l'exercice du qi gong. On retrouve
également cette technique dans les arts martiaux
coréens (yatz ou kihap), vietnamiens et thaïlandais.
»
Vous consulterez aussi le lien suivant : Principe d'Unité
et Unité de Principe dans Trois Budo Japonais (extrait
d'un livre à paraître) :
http://gargas.biomedicale.univ-paris5.fr/eurocal/flo2.html
Dont je vous livre ici un court extrait, qui porte, entre autres
sur les sons :
Si l'on étudie les voyelles en tant que Kiaï
simple on distingue une séparation entre les Kiaï qui
émettent une vibration : "A - O - U - E - I"; et ceux qui
reçoivent une vibration : "WA - WO - WU - WE - WI"; or, ce
qui les unifie, c'est précisément le "U",
c'est-à-dire le son qui fait vibrer les trois Chakra
médians correspondant à la vision de l'homme : la
gorge et la parole avec Vishuddha-chakra, le cœur et les
sentiments avec Anahâta-chakra, le nombril et les
sensations avec Manipûra-chakra. A titre d'information le
Katakana de "WU" et de "U" sont exactement les mêmes en
japonais. De fait l'unité du monde qui transcende l'homme
et le reste de la création n'ont de signification que pour
l'homme lui-même qui, en tant qu'être intelligent,
est capable d'en prendre conscience.
Moi, je ne comprends pas tout et nous en tirerons la conclusion
que cela pose plus de questions que cela n’apporte de
solution. Mais bon, c’est aussi pour dire qu’il y a
du boulot, que la chose mérite de ne pas être prise
à la légère. D’ailleurs, ne
ressentons-nous pas comme une explosion en nous-même quand
le maître pousse un kiai pendant l’entraînement
? La vraie réponse réside donc certainement plus
dans la pratique que dans la théorie : alors, dans les
temps à venir et pour une fois que l’on nous en prie
: crions la prochaine fois, crions sans retenue, crions !