Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 3)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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3. Waza

D'immobilisation ou de projection, c'est par le mot de techniques que l'on désigne les passes, les véroniques, les parades, les contres, les… Mon dieu ! Les façons de faire qui marquent l'apprentissage de cet art qu'est l'aïkido !

D'instinct, je me suis toujours méfié du mot technique. Il donne souvent du savoir-faire une image réductrice et mécanique. Ce mot fait aussi l'objet de traitements immérités en bien comme en mal : tantôt on le pare de toutes les vertus, voire d'" intelligence artificielle ", tantôt il désigne, non sans condescendance, ce qu'il y aurait de plus primaire. Que signifie exactement ce mot pour l'aïkido et pourquoi appeler les formes de l'apprentissage techniques et pas formes, par exemple, tout simplement ?

Pas de chance : il semble que l'on réserve le mot forme au couple binaire omote et ura selon qu'une technique donnée est pratiquée en passant devant (omote) ou derrière (ura) l'adversaire. L'utilisation du mot forme est alors exclue.

Mais j'y pense ! Nous qui devons apprendre les termes japonais, pourquoi ne pas nous inviter à utiliser l'appellation japonaise waza ? Et d'abord que signifie-t-elle au juste ?

Deux idéogrammes répondant au doux nom de waza cohabitent en japonais : l'un signifie " art / technique ", l'autre " fait / tâche / œuvre " (cf. http://dico.fj.free.fr).

Le terme waza s'utilise aussi bien en Ju Jutsu qu'en Aïkido. L'Aïkido en retient deux modes : nage waza, les techniques de projection, et katame waza, les techniques d'immobilisation, ces deux formes de techniques pouvant d'ailleurs fort bien s'emboîter l'une dans l'autre.

Dont acte : dénommer les techniques waza ne nous aiderait guère à autre chose qu'à saupoudrer le mot même de technique d'orientalité.

Alors, comment les définir en aïkido ? Qu'est-ce qui en constitue l'essence ? Qu'est-ce qui, contenu dans ce mot, pourrait le racheter une bonne fois pour toutes ?...

Les techniques qui constituent le gros de notre apprentissage sont un ensemble de moyens, non des fins. Cet ensemble est le pont qui permet d'accéder à une pratique dont on voudrait qu'elle s'accomplisse avec art. Cet ensemble qu'il convient d'acquérir par l'entraînement est donc un passage obligé mais ne fait pas l'art tout entier.

Une technique correctement réalisée est donc un point de départ ; ce qui donne assez la mesure du chemin qu'il nous reste à parcourir à nous autres " samouraïs du dimanche ".

Une technique donnée est aussi une mesure unitaire, de base et conventionnelle, du continuum qu'est la pratique de l'aïkido. En cela, et c'est le grand mérite de la " technique ", une technique donnée se décompose et s'explique. Cela permet l'apprentissage d'un art martial qui, à terme, peut très bien devenir aussi un mode et un art de vie.

Sa structure d'apprentissage consiste globalement en une entrée en matière (saisie ou coup), un développement et une fin (immobilisation ou chute). Ces éléments font toute son histoire mais nous savons déjà par les démonstrations virtuoses de nos maîtres que ce schéma narratif suit les caprices de toutes les opportunités et qu'il contient en lui-même tous les scénarios du monde, y compris le scénario le plus enviable de tous : celui du non-combat.

Ainsi, si l'apprentissage d'une technique donnée nous équipe de quelques-unes de ses histoires, à l'apparence somme toute mécanique, nous ne devrions jamais perdre de vue que l'objectif ultime de notre pratique est l'aptitude à la faire varier et à en combiner à l'infini les formes dans l'application aussi loin que notre esprit créateur le permet. Il s'agit là du degré d'excellence vers lequel tous nos efforts doivent tendre.