Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 3)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

Saison 1         Saison 2         Saison 3         Saison 4

4. Mes armes

Je suis allé acheter mes armes d'aïkido.

Pour ma consommation personnelle.

Jusqu'ici, j'utilisais celles que le Club met à notre disposition ; mais le nombre de nouveaux est tel qu'il n'y avait pas assez d'armes pour tout le monde. Alors, il faut bien que les " anciens " -entendez : les moins nouveaux-montrent un peu l'exemple en s'équipant. Je crois que je peux investir sans dommage dans ces éléments de confort, même si, dehors, la crise financière fait rage…On n'a de capital que sa propre santé !

Évidemment il y a les Las Vegas des sportifs, ces plates-formes aux rayons interminables et feutrés, aux kilomètres de linéaires défiant toute statistique, aux têtes de gondoles arborant des théories d'articles, rangés comme des machines à sous, prêts à l'emploi, au garde-à-vous… Il y a ces espaces de stockages massifs et psychédéliques où les mondes étranges des activités physiques entrechoquent leurs différences ; où, brusquement convoqué devant vos yeux ébahis, c'est tout le paradis du bien-être par le sport qui vous semble permis en échange de quelque argent, un univers à vous donner le tournis… Mais, moi, allez savoir pourquoi, devant la perspective de cet univers-là, je tourne les talons.

Plus que la féerie artificielle des grandes surfaces où tout semble à portée de main, je préfère cette idée d'" aller aux commissions dans mon quartier " même lorsqu'il s'agit de s'équiper en aïkido. L'économiste vous parlera de commerce de proximité…

Et j'ai de la chance : à côté de l'inévitable café-tabac, de la boulangerie de madame Chose et du " petit arabe du coin ", sympa comme tout, toujours ouvert et dont la raison sociale répond au doux nom de Panier fleuri, j'ai cette chance rare d'habiter un quartier qui dispose d'une petite échoppe qui fournit les clubs de sports de combat de la région en tout ce dont ils ont besoin…

Le chaland averti y trouve ce qui peut faire son bonheur " à coup sûr " : pouvoir enfin casser la figure de son voisin, avec son accord, en bonne et due forme et, surtout, avec le matériel approprié.

Nos bokkens, nos jos et nos tantos voisinent donc avec des gants de boxe (thaï ou américaine) de toutes les couleurs, des nunchakus en bois et en plomb, des sabres, des rapières, des épées, des couteaux-machettes, des tenues de combat : shorts, tenues d'escrime, masques grillagés et casques de cuir, protège-dents… Et le magasin bien que modeste ressemble à une caverne d'Ali Baba qui se serait armée jusqu'aux dents de cimeterres réglementaires et homologués par les fédérations idoines. Autant dire qu'on aurait peine à en établir le catalogue.

Un couple joyeux préside aux destinées de l'enseigne : ils auraient pu tenir une boucherie-charcuterie, s'installer chausseurs pour dames, ouvrir une boutique de réparateurs de vélos ou de vendeurs de cycle, mais non, par un mystère inexplicable ou, pourquoi pas, une étude de marché pour une fois intelligente, ils ont choisi les sports de combat. Et depuis c'est bien simple : s'ils n'existaient pas, il faudrait les inventer ! Quand je pense qu'il y a en a qui vont en Belgique et d'autres qui n'achètent que sur Internet !

Madame règne en maîtresse de maison, incollable, efficace, redoutable : elle connaît son monde sportif et ses besoins, du pliage du keikogi jusqu'aux plis les plus secrets des hakamas, la saisie des sabres qu'elle met en vente et la disponibilité de telle référence au catalogue ou dans sa réserve. Monsieur vous fait l'article, vante sa marchandise en poète et l'aide en tout, sauf pour le pliage des costumes…

Absent ce jour-là, c'est à elle que j'ai eu affaire et elle m'a servi avec diligence tout en répondant à une jeune escrimeuse qui, essayant sa culotte de la grâce nonchalante que l'on voit aux favorites, la harcelait de questions sur la souplesse du vêtement, son taux d'usure, son prix…

J'en suis reparti avec trois articles que j'avais choisis : un bokken et un jo en chêne blanc, tous deux étiquetés " made in Japan " et un tanto en " bois rouge " sans étiquette mais tout cela fort bien profilé, propre, net et pas cher. Ajoutez à cela une housse noire solide en toile renforcée. Un petit 54 euros tout rond pour le tout. Une misère, à deux pas de chez soi, à cinq minutes en rampant.

De retour chez moi, j'ai pris le temps de savourer mon achat.

J'ai d'abord bu un thé en regardant ces nouveaux objets non sans une fierté dont, à la réflexion, je ne m'explique pas la raison. Puis, je les ai déballés de leur protection de plastique et en ai vérifié les qualités qui m'ont parues tout à fait honnêtes. Ensuite, je me suis mis en devoir de les marquer à mon chiffre de façon à ne pas les perdre ou les mélanger avec ceux du voisin. Quelques petites entailles par-ci, un peu de perçage par-là, quelques coups de papier de verre et le tour était joué. Enfin je me suis attaqué à la housse que j'ai personnalisée. Placer une étiquette avec mon nom et mon numéro de téléphone a été un jeu d'enfant : il suffisait de réutiliser une carte de visite. Restait à étudier la possibilité d'ajouter un élément de confort supplémentaire : une lanière pour pouvoir la porter sur l'épaule, crânement ou avec désinvolture - ce qui revient au même… J'en ai trouvé une en réserve qui ne me servait pas, juste longue comme il faut, et réglable au surplus, avec un mousqueton à chaque extrémité. Oui, mais à quoi attacher les mousquetons ? Cette question devait m'occuper un instant et j'ai envisagé plusieurs solutions dont aucune ne me satisfaisait car elles supposaient de la couture. J'en ai remis donc à plus tard la décision : le travail de couture nécessite de la concentration et du soin et le choix d'un matériau solide pour supporter la charge et les manipulations. Finalement, j'ai trouvé la solution le lendemain très simplement, une solution toute en économie de moyens. Le mousqueton du haut, je l'attache au lacet prévu avec la housse pour la fermer ; le mousqueton du bas à un lacet que je noue simplement autour de la housse juste au-dessus du tanto. L'avantage est double : je trouve le point d'ancrage nécessaire à ma courroie de portage et je bloque le tanto dans la housse de façon à ce qu'il ne coulisse pas sur toute la longueur comme une masselotte. Pas de couture !

Au bout de deux ans de pratique bien tassés, je demeure plus que jamais un débutant mais, aujourd'hui, je me sens tout autre : un nouveau saut est franchi parce que je dispose de mes armes et qu'ainsi je signe un engagement plus fort.