Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 3)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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7. A nos chers disparus

Non. Je ne cèderai pas au marasme ambiant que consacrent coup sur coup la fête de tous les saints et le temps maussade qui l'accompagne cette année encore, la crise financière qui redouble à notre porte et fait yoyoter les bourses, les guerres qui n'en finissent pas et celles qui se déclarent encore, avec leur lot de populations déplacées et massacrées, l'environnement qui part à vau l'eau et les mille et une raisons qui pourraient m'inciter à faire ce que l'on appelle communément une tronche carabinée. Mais, tout de même, j'avoue que j'ai peine à verser dans mes frivolités coutumières de débutant.

En bref, la nostalgie me couvre de ses ailes noires et ma veste de keikogi me semble plus lourde chaque jour à porter…Pourquoi ?

Si notre club a tout du petit village gaulois qui, contre vents et marées, résiste, certains de ses membres manquent cruellement à l'appel, depuis maintenant quelques semaines. Ces comparses sont, tous, des figures auxquelles le débutant que je suis ne manquait pas de se référer, avec qui je partageais mes découvertes, mes angoisses et le bonheur de réaliser, de loin en loin, une technique à peu près comme il faut.

Où donc est passé Patrick et son manche à balai légendaire qui lui faisait office de jo ? Où donc est Pascale, ses chiens de traîneaux, son funambule et sa banquise, elle qui attendait l'autocar avec une patience infinie ? Où donc est passé Erick au hakama sans faux pli et à la pratique si nette et rigoureuse ? Et Bruno dont l'Omura mystérieux a tellement frappé nos esprits qu'hier encore le tatami vibrait sous les coups de boutoir d'esprits frappeurs ? Où donc est Frédéric ? Où donc encore se trouve Eric aussi réservé qu'attentif et appliqué dans sa pratique ?...

Bon ! Je ne doute pas un instant qu'ils aient de bonnes raisons pour devoir s'absenter ainsi de la Voie martiale qu'ils ont choisie. Mais, pour un peu, j'en parlerais au passé alors qu'il se pourrait bien, après tout, qu'ils reviennent … C'est en tout cas le vœu que je formule et auquel s'associent les afficionados du mardi comme du vendredi et leurs professeurs respectifs.

Et vous, mes chers disparus momentanés, pardonnez-moi de ne pouvoir laisser croître l'herbe sur le champ de notre amitié.

Peut-être - me direz-vous- m'aventuré-je à vous créditer du nom d'amis, O, mes compagnons de tapis : ne dit-on pas que, pour se dire " amis ", il faut avoir mangé ensemble un minot de sel ?

Ce serait oublier un peu légèrement qu'en Aïkido, Tori et Uké doivent être, l'un pour l'autre, amis à prendre et à déprendre.

Alors…

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?

Mais, dites… Le vent vous a-t-il vraiment ôté ? L'amour est-elle vraiment morte ?

(1) Soit très longtemps si on se réfère au minot de Paris, mesure de capacité qui équivaut environ à 39 litres de sel(1).

(2) Pauvre Rutebeuf : chanson de Léo Ferré (1955). Léo Ferré a assemblé plusieurs bribes de poèmes de Rutebeuf (XIIIe siècle)(2) pour en composer le texte.