Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 3)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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8. Le couteau d'Émilie
Toutes les armes dont on se sert en aïkido ne sont pas à mettre sur le même pied.
Prenez le tanto, ce couteau en bois dur. Il sert essentiellement à Uke pour simuler une agression. Il reste à l'habile Tori, ainsi menacé, de réussir à s'emparer du tanto d'Uke pour l'en débarrasser.
Le bokken ou ken a beau épouser la forme d'un sabre, il est en bois et, même s'il peut fracasser quelque mâchoire ou quelque crâne, il ne taille pas de filet dans la fesse, ne vous débitera jamais en tranche et ne ferait guère illusion dans la rue. Vous me direz qu'il pourrait ainsi créer la surprise, mais enfin, je me vois mal me promener avec mon sabre de bois dans le métro. On en a embarqué plus d'un sur cette simple présomption d'innocence et, dans ce genre de situation, la camisole n'est jamais bien loin…
Finalement, la seule arme véritable maniée en aïkido est le jo. Sous ses faux airs de bout de bois domestique à qui il ne manquerait plus que son fagot de paille pour en faire un balai, voilà une arme que l'on peut porter sur soi et pourrait prendre l'apparence d'une canne. Bon, une grande canne (env. 1,27m). Toutefois, pour s'en servir, il faut de la place. C'est là son handicap. Dans nos univers fonctionnels, où tout espace, si petit soit-il, se voit attribuer une fonction précise, se défendre à l'aide d'un jo est un exploit. Bien malin qui pourrait en faire usage, après être entré et avoir composté son billet, dans le bus qui passe devant le centre commercial Euralille à 17h par un jour de semaine !
En réalité, le jo détient un triste record mais pas celui que l'on croit : on le pense comptable de côtes enfoncées, de têtes fêlées, de clavicules brisés, toutes choses qu'il permettrait de réaliser aisément, en deux temps trois mouvements… Mais, il n'en est rien. Par une coutume solidement établie, dans notre club, lorsque tel ou tel accroche son jo au plafond du dojo ou le laisse malencontreusement tomber, il est tenu d'apporter un sachet de bonbons.. Le jo est donc responsable non pas de horions ni de coups mais de casses de luminaires, de crises endémiques de caries et de diabètes sinon officiellement déclarés du moins à bas bruits démarrés.
Mais alors si les armes ne servent pas, à quoi bon s'en servir ?
On peut dire que le tanto est prétexte à techniques à mains nues, ce qui n'est déjà pas si mal, que le ken, qui comme arme ne saurait tromper son monde, et le bâton, qui sous son apparente ingénuité cache une arme réelle, sont redoutablement efficaces par les leçons de maintien qu'ils nous donnent : centrage, placements des mains, sens de la coupe, rapidité d'exécution, mise en danger, etc. Je laisse le soin aux maîtres d'énumérer les vertus de ces armes en ce qu'elles apportent à la pratique de l'aïkido à mains nues.
Au bout du compte, Émilie a raison : l'arme de prédilection de l'aïkidoka est un couteau sans lame dont on a perdu le manche.