Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 3)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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9. En roue libre

Énième jour gris, ce Mardi 11 novembre aura eu son coin de soleil, clair comme un clairon, sur le coup de 8h du soir.

Une séance improvisée, pas comme les autres, dite d'" entraînement libre " aura réuni les aïkidokas les plus mordus du club, (ou peut-être tout simplement, les plus disponibles, les mieux informés ou les exemptés de commémorations diverses). En tout 9 personnes dont trois pratiquants revêtant le hakama.

Que l'entraînement soit réputé " libre " quand il est réalisé sans professeur donne à penser. Une question monte alors aux lèvres, irrépressiblement comme la bulle d'une coupe de champagne : comment pourrait-on qualifier l'entraînement accompli sous le joug, la houlette, la férule, le couvercle de plomb d'un professeur ? Je ne m'y risquerai pas.

L'étiquette devait toutefois être respectée - c'est bien le moins - et elle le fût : le salut au Kamiza, les sentences rituelles, jusqu'à Mister Ho, vétéran du club, le plus ancien au grade le plus élevé, qui officia à l'échauffement, dans une atmosphère bon enfant.

Au début, on devait constater çà et là une tendance au chahut, avatar direct de cette situation inédite et incongrue, mais elle se régula de soi-même très vite par l'attention que les participants attachèrent à donner le meilleur d'eux-mêmes.

Comme à l'habitude.

L'entraînement commença avec pour fil rouge la brochure de la Fédération ouverte aux pages portant sur les techniques à réaliser aux différents passages de grade. Voilà qui donne assez l'orientation spontanée que prit la pratique de même que la motivation des personnes présentes, puisqu'il ne vint à l'esprit d'aucune l'idée de remettre en cause ce choix. Aucun meneur de jeu déclaré mais deux groupes de niveau qui se constituèrent d'emblée et travaillèrent à peu près dans leur coin.

Il en ressort une séance assez dense : de mémoire de présents, nous n'avons jamais autant réalisé de techniques différentes en une heure trente de cours, ni mouillés autant notre tenue.

Il y eût peu de temps morts ; à peine quelques pauses pour essayer de se dépatouiller de techniques oubliées ou de se souvenir de détails échappant à certains, quelques tergiversations aussi pour savoir qui de nous avait raison sans que cela aille jusqu'au pugilat ni au symposium.

L'absence d'une personne référente, es qualité, apte à donner le dernier mot, s'est tout de même fait cruellement sentir. Il faut reconnaître que la modestie incommensurable et joviale de Mister Ho a constitué, pour une fois, un handicap plutôt qu'un atout ; en effet, bien que contribuant pleinement par ses conseils à l'amélioration de notre travail, ce dernier refusait avec obstination de trancher et laissait toujours le débat ouvert, nous abandonnant, de fait et peut-être à son insu, dans un désarroi proche de collapsus.

Ho ! ce n'est pas un reproche, c'est un constat et, par contrecoup, les cours mensuels du dimanche matin répondent mieux à la demande, prennent un relief nouveau et paraissent d'autant plus précieux.

Au total, du travail en suwari waza (par exemple : les techniques du deuxième kyu ont toutes été " visitées " (on va dire cela comme ça) en omote comme en ura. Comment ? Ah ça, c'est autre chose !..., et bien sûr du travail en tachi waza et aussi l'autre là, dont j'ai oublié le nom, mais moins.

Pour ma part, je retire de cette expérience un sentiment mêlé d'étrangeté. Bienvenue pour ceux qui, comme moi, préparent un grade, elle permet de faire ses gammes et d'enchaîner les techniques ; elle aura permis de travailler la mémoire et peut-être aussi de traquer davantage les travers à corriger à l'aune des individus que nous sommes. Encore eût-il fallu ressortir avec des certitudes pour les quelques techniques encore trop balbutiantes. À la fin, j'en arrivais à partager cette interrogation inquiète entendue parmi nous :

À certains moments, était-ce encore vraiment de l'aïkido ?

Et, à la réflexion, je crois que oui parce que nous y avons tous éprouvé beaucoup de plaisir.