Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 3)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
Saison 1 Saison 2 Saison 3 Saison 4
10. Étiquette, éthique, esthétique, esthésie
Quatre petits mots autour desquels toute notre pratique se concentre et s'articule.
L'étiquette, que l'on pourrait définir par " ce qu'il convient de faire ", est le recueil des règles de comportement à respecter sur le tatami. Paradoxe : le tatami est le lieu où l'on apprend à faire face à des situations où tout est permis, même le pire… C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est nécessaire de respecter une discipline de fer (de faire ?).
Il faut noter que dans les premiers temps de l'aïkido, l'étiquette n'était pas formulée même si, de fait, elle était respectée. Elle a commencé à être codifiée à la demande des premiers disciples de Morihei Ueshiba. Ce sont des règles de bon sens mais il vaut mieux les connaître et les appliquer dès les débuts de la pratique. C'est pourquoi leur apprentissage et leur respect font l'objet d'un soin méticuleux dès lors que l'on pose le pied sur un tatami.
L'éthique est la morale contre laquelle s'adosse la voie martiale, tout particulièrement celle de l'aïkido, et sans laquelle la voie martiale s'effondrerait. Choisir la voie de l'aïkido, c'est choisir aussi une forme de morale qui n'est pas sans rappeler celle de nos chevaliers du moyen âge, ses codes d'honneur et de générosité, à cela près que l'aïkido porte cette morale au plus haut degré puisqu'elle prône la volonté de ne pas combattre, la non-violence comme moyen privilégié de la résolution des conflits et -paradoxe ? - la protection de celui qui agresse (jusqu'à un certain point…).
L'éthique sous-tend donc l'étiquette, dans ses principes, et l'étiquette n'est rien d'autre que la déclinaison de l'éthique dans le cours concret de la pratique de l'aïkido. Mais l'éthique est plus vaste et constitue une véritable déontologie qui doit rythmer la vie de l'aïkidoka sur le tatami bien sûr mais aussi en dehors, dans ses relations quotidiennes. Je vous rassure tout de suite : le club n'exige rien de nous en dehors du tatami. Mais, cela procède du simple bon sens : à moins d'être schizophrène à la façon du Dr Jekyll qui devenait Mr Hyde la nuit, ou d'être doux et gracile au sein du dojo comme Bambi et Terminator dans le civil, la pratique et ses leçons ont nécessairement des effets en retour sur notre vie de tous les jours : une certaine sérénité, une posture d'anticipation permanente sur les événements, une perception rapide des opportunités, une tendance à calmer le jeu…
L'esthétique, quant à elle, peut paraître secondaire puisqu'elle est plutôt la résultante de notre pratique : lorsque les gestes sont assurés et bien réalisés, nul doute que l'on assiste à un véritable spectacle chorégraphique. Le fait que Tori comme Uke ont leur part dans ce ballet renforce encore cette impression. La recherche du Beau n'est d'ailleurs pas étrangère à nos cours, nos professeurs ne nous enjoignent-ils pas d'être beaux ? Non sans un certain désespoir, il est vrai (!)… En tous cas, la chose est entendue : l'efficacité des techniques est liée par nature à la beauté de la réalisation. Notons enfin que cette recherche du Beau en Aïkido peut être un puissant moteur non seulement d'apprentissage mais aussi, pour les plus avancés, de créativité.
L'esthésie, enfin, est la capacité à recevoir une sensation. Cette capacité est cultivée en aïkido. Elle est considérée comme le tout premier moyen à mobiliser pour recevoir une attaque et ainsi la parer. Elle est déterminante pour choisir la riposte proportionnelle à l'attaque et la technique la plus appropriée pour y répondre. Cela est si vrai qu'en situation réelle, une erreur d'interprétation de la sensation peut être fatale, à Tori comme à Uke.
En conclusion, quand bien même, pour certains d'entre nous, l'aïkido ne serait qu'un sport, un moyen de " faire bouger son corps ", de le maintenir dans un état à peu près acceptable de fonctionnement, pour tous, cette activité se construit en rempart à la barbarie en faisant face à son retour toujours possible par la quête de l'harmonie.
Et ces quatre petits mots, étiquette, éthique, esthétique et esthésie, en pavent la voie comme un damier magique.
Alors, en route !
Bonus : Quel plus beau bonus pourrais-je ajouter à cet article que l'étiquette selon Morihei Ueshiba à l'Hombu Dojo telle qu'elle est rapportée par ses fils signé de son fils Kisshomaru et de son petit-fils Moriteru dans l'ouvrage Aïkido officiel volume I - Techniques fondamentales ? :
"
1. Les techniques d'aïkido sont dangereuses et peuvent tuer
dans l'instant, aussi est-il impératif de suivre
à chaque instant les directives de votre professeur et
d'éviter les rapports de force.
2. L'aïkido est un art qui enseigne comment faire face " seul
" à " plusieurs " adversaires. Entraînez-vous
jusqu'à ce que vous perceviez les attaques venant de quatre
voire de huit directions.
3. L'entraînement doit toujours se dérouler dans
une atmosphère dynamique et joyeuse.
4. Le professeur ne vous enseigne qu'une petite partie de ce que vous
allez apprendre. Ce n'est qu'à travers un
entraînement permanent que vous pourrez acquérir
l'expérience nécessaire pour qu'enfin prennent
corps tous ces mystères.
5. Dans l'entraînement quotidien, il faut commencer par des
mouvements de base pour renforcer le corps sans dépasser ses
limites. Échauffez-vous correctement, ce qui
évitera les risques de blessures, surtout pour les personnes
plus âgées. Prenez du plaisir à vous
entraîner et attachez-vous à mieux comprendre les
objectifs de l'entraînement.
6. En aïkido, l'entraînement vise à
forger le corps et l'esprit en développant la
personnalité. Les techniques sont transmises d'un individu
à un autre et ne doivent pas être
révélées en public sans discernement,
ni être utilisées à des fins
criminelles.
Ces précautions sont toujours suivies à l'Hombu
Dojo, l'accent étant mis particulièrement sur la
troisième. "(1)