Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 3)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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18. Le club, son bureau, strike

Je n'ai pas fini de rendre hommage à ces travailleurs de l'ombre sans qui notre activité ne pourrait pas prendre une forme si amène qu'elle apporte chaque année un contingent plus nombreux de pratiquants. Aujourd'hui, je parlerai du bureau de notre club.

La mode est au management. Depuis un moment déjà. Il serait incongru de vouloir y échapper et prétendre en être indemne vous conduirait ipso facto à être suspecté au mieux de vouloir faire l'intéressant, au pire d'être promis à un séjour aux marges de la société (internement psychiatrique, carcéral, que sais-je ?).

Notre club heureusement n'en est pas là : il suit la mode, lui, et il peut même rivaliser avec les clubs, sportifs ou d'entreprise les plus hype, les plus up to date. Je ne dirai pas que c'est rassurant mais enfin, cela permet de ne pas se sentir seul. D'un autre côté, c'est l'époque qui veut cela : il faut savoir qu'un club qui veut voyager loin manage ses montures à fond et le nôtre s'y emploie corps et âme.

Ce score, nous le devons à un bureau hors pair qui n'hésite pas à mouiller sa chemise et blanchit sous le harnais d'une responsabilité bénévole -notons-le- qu'on peut qualifier d'écrasante. D'ailleurs, ne sont pas nombreux ceux qui postulent à son remplacement, c'est tout dire et la seule chose que notre bureau craigne vraiment n'est pas, oh non !, que le ciel lui tombe sur la tête, mais que, sous la couenne de chacun de ses membres, ne sommeille un vilain yaka (y-a-qu'à ?).

Je vous sens curieux, tout à coup, de savoir par quels arcanes de gestion tout cela prend un tour concret. Malheureux ! Les initiatives managériales foisonnent et devancent avec pertinence tout laxisme de fonctionnement. J'en veux pour preuves la création même de ce site Internet que le monde entier nous envie, maintes fois copié sans jamais être égalé, les contacts avec la mairie, les demandes de budget, les liens avec la Ligue et la Fédération, les courriers en tout genre, je ne peux les citer toutes ! Et vous conviendrez que les membres que nous sommes sont bien préservés de toutes ces démarches fastidieuses sans lesquelles nous ne pourrions pas être… les membres que nous sommes : des êtres diaphanes, légers, primesautiers, oublieux de tout devoir autre que celui que la pratique commande (acheter des bonbons pour François, payer un coup le jour de son anniversaire…), libérés enfin de tous ces liens que la sombre réalité et son cortège de contingences matérielles et sociales nous imposent en permanence.

Alors, oui, tous en chœur et définitivement : coup de chapeau pour le bureau !

Bon, c'est vrai : l'enthousiasme de nos gestionnaires les emporte parfois aux confins d'innovations managériales qui ne sont pas sans danger. 0n aura pu relever ici ou là quelques dérapages bénins mais ne comptez pas sur moi pour les monter en épingle. Evoquer la " carte orange " du club, une idée si ingénieuse qu'elle ne donnait droit à aucun trajet et si précieuse qu'elle ne fut tirée qu'à un seul exemplaire ? Jamais ! Ce tableau de présence établi pour comptabiliser la fréquentation des cours et affiché seulement en milieu d'année ? Jamais, vous dis-je ! Ce questionnaire supposé recueillir l'indice de satisfaction des pratiquants et ainsi évaluer notre club ? Mais à la fin allez-vous me laisser ! … Non, non, je n'en dirai pas un mot, ce serait faire preuve d'un esprit fâcheux qui n'est pas de mon fait.

Je m'en tiendrai à la tentative de brainstorming pour trouver une activité à la hauteur de nos ambitions pour la sortie annuelle de notre club : la tempête sous nos crânes fut, de courte durée, mais elle fut, et accoucha de quelques propositions qui méritent toute notre considération : bowling, bowling, et : non, à part le bowling, je vois pas.

Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Qu'il y ait une telle convergence d'esprit et cela pour le bowling, je trouve cela, pour ma part, plutôt sympathique. J'ajoute, pour être exact, qu'il y eut une ou deux autres propositions comme je ne sais trop quel jeu d'aventure en salle et une course de karting. Je me demande même si l'ombre du paintball n'a pas plané un moment de ses ailes décharnées sur notre dojo… Mais le coût de l'opération et le vote majoritaire devaient arrêter le choix sur le bowling. Bon, va pour le bowling !

Tout de même, vous ne m'ôterez pas de l'esprit qu'il y a comme un furieux paradoxe pour des aïkidomanes à choisir un jeu où la compétition est reine comme instrument de plaisir entre soi. Si, à la façon d'un chaman, invoquant les esprits de l'aïkido, je me mets en transe un tout petit peu, sans recours à d'autre drogue qu'un petit coup de blanc, les propositions plus conformes à l'esprit de non-violence et d'absence de compétition fusent et pétillent :

Pourquoi pas une soirée poésie ? Cultiver son petit carré de haïkus n'est-il pas à la portée de tout le monde ? Une soirée d'initiation à la calligraphie japonaise ou à l'ikebana, art floral japonais, ou encore une conférence sur les estampes japonaises ou la découverte des mystères des origamis, ces pliages compliqués, ou enfin, en toute impunité, un karaoke composé seulement de chansons pacifistes comme Il sentait bon le sable chaud mon légionnaire ou La Madelon ? Le choix ne ferait pas défaut : pensez à toutes ces chansons d'amour !...

Hum, hum ! Pourquoi sens-je tout à coup que je ne vais pas me faire que des amis ? J'aurais peut-être dû prendre une assurance tous risques au cas où l'on me tomberait dessus à bras raccourcis. Bah ! De toutes façons -et cela seul compte- l'essentiel n'est-il pas que cette soirée se termine autour d'une table de grande ripaille où rien ne manque ?