Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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3. Passage du 1er dan

L'occasion m'a été offerte ici même de conter la solennité des passages de grade et leur rôle de jalon dans l'apprentissage des techniques. J'ai décrit le rituel qui accompagne une cérémonie qui sanctionne un certain degré de connaissance et le protocole rigoureux auquel les impétrants doivent sacrifier. Je les ai évoqués à propos des passages des kyus au sein du club. Or, j'ai eu l'occasion d'assister au " passage de la ceinture noire " qui fait de l'aïkidoka yudansha (en quête du 1er Dan) un shodan, un aïkidoka titulaire du premier Dan. Eh bien, je recommande à tout aïkidoka(1) débutant normalement constitué de faire comme moi. C'est très instructif et éducatif.

Instructif parce que cela donne une idée de ce qui se trouve de l'autre côté de la ligne d'horizon des kyus. Éducatif car c'est une occasion rêvée de passer en revue l'ensemble des techniques requises. Mais cela permet surtout d'observer. Certes, nous nous y employons déjà dans un cours normal mais notre attention se porte sur les démonstrations d'un professeur et elle est accaparée par le fait que nous aurons à la reproduire dans l'instant qui suit.

L'observation à laquelle nous invite le spectacle des passages de grade de niveau élevé est d'une tout autre nature. Elle nous donne l'occasion de constater la diversité des natures humaines. Leur nécessaire adaptation à l'exécution de mêmes techniques. La difficulté à s'adapter, sur l'instant, à des Uke d'origine diverse. La diversité des styles et des enseignements transparaît également à travers les passages. Montre-moi Ikkyo et je te dirais qui t'instruit. Il faut préciser que les deux fédérations sont associées pour l'occasion et que le jury est mixte (FFAAA et FFAB), mais les différences dans la pratique selon le dojo que l'on fréquente ne sont pas imputables seulement à l'existence de deux fédérations. Une indication précieuse lorsque l'on veut préparer ce passage car cela signifie qu'il faut se confronter, Lors de sa préparation, au cours de stages ou de visites à d'autres clubs, à des pratiques différentes si l'on ne veut pas se laisser surprendre. On aurait tort de se plaindre de cet apparent manque d'uniformité car ce trait est l'indication d'une grande richesse et d'une grande vitalité dans l'art que nous prétendons exercer.

Quoiqu'il en soit, le passage de la ceinture est, de l'aveu de tous les shodan, un moment que l'on chérit toute sa vie. Un instant d'intense émotion et d'une durée de 20 à 25 minutes par Yudansha. L'atmosphère est au stress ; le dire n'est rien, il faut le vivre. Mais, depuis quand se transcende-t-on sans trac ? La tension est donc palpable, une tension qui, après toute une après-midi d'ahans et de sueur, s'efface d'un coup : par l'annonce des résultats.

Or, ce qui devait être une fête se réduit malheureusement à une énumération lue sotto voce en bout de salle. D'ailleurs, si j'osais, on pourra regretter que le rituel ne soit exigé que des yudansha et qu'il soit si peu présent chez les membres du jury : en effet, ceux-ci ne sont pas en tenue et se tiennent assis derrière des tables d'école comme le feraient des examinateurs de BEPC. Certes on ne peut demander aux examinateurs de se tenir en seiza toute l'après-midi !… Mais enfin, si l'on ne peut douter qu'ils soient conscients de la responsabilité qui leur incombe, on peut se demander si l'annonce des résultats n'est pas pour eux un exercice devenu tellement banal qu'il entre en discordance avec les sentiments qu'éprouvent, à ce moment-là-qui est un moment-clé- ceux à qui ces résultats sont destinés. Après tout, ne s'agit-il pas de consacrer les efforts consentis par de nouveaux pratiquants après plusieurs années ? Ne s'agit-il pas d'enrubanner leur taille d'une ceinture noire, signe qu'ils font désormais réellement leurs premiers pas sur la voie de l'aïkido après en avoir appris les "rudiments techniques" ?

(1) "Aïkidoka" est la dénomination que reçoivent les pratiquants de l'aïkido. S'il suffit, en dehors du Japon, d'être un pratiquant pour être appelé ainsi, le terme exact est en réalité aïkishugyosha, autrement dit, étudiants de l'aïkido. Au Japon, le terme est réservé au professionnel qui se voue uniquement à cet art. Ailleurs, l'usage a cependant conservé une appellation similaire avec les autres arts martiaux japonais, comme par exemple les judokas et les karatékas. (Source : Wikipédia)