Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 4)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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7. "Oui, mais en vrai ? "
Le dernier Aïki Ch'ti, le périodique de notre Ligue, nous en a livré tout à trac l'information consternante : le bon peuple doute. Encore aujourd'hui.
De quoi ? De l'" efficacité " de l'aïkido en tant qu'instrument d'autodéfense.
- Capitaine, Ô mon Capitaine, si je me mets à l'aïkido, serai-je capable de me défendre dans la rue en cas d'agression ?
Question récurrente, vieille antienne, aussi vieille que l'aïkido lui-même, serpent de mer qui ressurgit régulièrement du marais des esprits qu'un sentiment d'insécurité tourmente. Inquiétude qui suscite des débats passionnés.
Pour couper court, tout de suite et définitivement, une réponse vient immédiatement aux lèvres de l'aïkidoka confirmé :
- Moussaillon, Ô mon Moussaillon, si ton objectif est de te battre en cas d'agression dans la rue, fais du close combat !
Le close combat classique a été créé pour la guerre (contrairement aux "sports de combat") : il se caractérise par un amalgame de techniques incapacitantes ou mortelles, inspirées du karaté, du judo et du Ju-jutsu, toutes basées sur des habiletés motrices simples, et visant exclusivement à mettre hors d'état de nuire un ennemi le plus vite possible, le plus efficacement possible et par tous les moyens possibles (mains nues, armes, objets divers utilisés comme armes).
Ce n'est pas le propos de l'aïkido qui, faut-il le rappeler, vise l'unité du corps et de l'esprit à travers un entraînement fondé sur des techniques martiales.
Toutefois, certains cherchent à concilier les deux. Je ne citerai qu'un exemple de ce qui se trouve sur le marché prolifique des arts martiaux : le " Real Aïkido ". Le Real Aïkido se veut une voie qui ménagerait chèvre et chou, aïkido et autodéfense. Mais écoutons plutôt ce qu'ont à nous proposer ceux qui nous en vantent les mérites :
Le
Real Aïkido est d'abord et avant tout un art martial
d'autodéfense serbe.
Le Real Aïkido est efficace et largement applicable
à toutes les situations d'autodéfense. Il est
dérivé de l'aïkido, du judo et du
ju-jutsu traditionnels. Il comprend la réalisation de
clés, de frappes, de lancers de pieds, d'immobilisations et
d'étranglements.
Son fondateur est le grand maître Ljubomir Vracarevic,
ceinture noire 10e dan, professeur de Real Aïkido et de
ju-jutsu. Grâce à sa longue expérience
acquise et éprouvée au contact nourri des
maîtres japonais du plus haut rang, Maître
Vracarevic a répertorié plusieurs milliers de
techniques, les a simplifiées, en a
réformé les éléments, et
les a enrichies en s'inspirant d'autres techniques de combat,
créant un nouveau style : le real aïkido - un
système extrêmement efficace et souple de
techniques de défense.
La souplesse du Real Aïkido est une de ses
caractéristiques majeures. L'efficacité maximale
est atteinte par association des techniques diverses
appropriées pour faire face à des situations
réelles.
L'enchaînement d'une technique à une autre est
simple et seules la connaissance et la compétence de
l'exécutant décident du choix de la technique
à réaliser.
Les possibilités infinies de combinaisons autorisent de
multiples applications du Real Aïkido.
(d'après Nenad Ikras pour Real Aïkido Club "Novi
Sad")
La question qui se pose alors pour nous est de mesurer la différence entre ce point de vue et celui que nous sommes conduits à développer dans notre propre pratique.
Et d'abord, en quoi l'Aïkido, qui ne serait pas " Real Aïkido ", ne tiendrait-il pas compte du réel ? Parce que nous le pratiquons sur le tatami et non dans la rue ? Là gît le doute : il n'est pas " réaliste ". Mais alors quel est-il ? Que faisons-nous ?
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que l'aïkido est d'abord une voie spirituelle, que l'on y adhère ou pas. Voilà bien une dimension qui semble tout à fait étrangère au court descriptif du Real Aïkido. L'Aïkido emprunte certes une voie martiale mais la cérémonie du thé, l'art floral, ou la calligraphie poursuivent le même objectif : aller à la rencontre de l'univers et de ses principes premiers qui résident en chacun de nous, aider l'être qui s'engage à s'accorder avec lui. Ce cheminement passe par la pratique et ne se fait pas seul, un maître nous guide et des uke nous accompagnent.
Cela étant posé, la voie martiale que propose l'aïkido répond, autant qu'il est possible, et à sa façon qui n'est pas la violence, à toute situation d'agression, c'est en tous cas son propos. Encore faut-il préciser que cela n'est vrai qu'à un certain degré de maîtrise.
Les pratiquants qui tentent concrètement de répondre à ceux qui doutent que l'aïkido vaille comme méthode d'autodéfense (ou à ceux qui doutent simplement de son efficience, à ceux en bref qui confondent art martial et préparation militaire) recourent par force à un panachage de techniques comme ici Aïkido et Ju-jutsu, Karaté ou autre.
Plus grave, ils concèdent à ceux-là cette idée selon laquelle à une agression, il faudrait répondre et le faire par la force, par la domination de l'agresseur voire son anéantissement. Ils rapportent l'aïkido à cette aune, et ainsi en dénaturent l'essence. Pas de réflexion sur la violence : ce qui est promu, c'est la réponse réflexe, rapide et destructrice, résultat d'un apprentissage minimalisé. Ces arguments qui rassurent et qui séduisent conduisent le pratiquant à mémoriser un salmigondis de techniques ne visant qu'une chose, détruire l'autre par des applications handicapantes ou létales.
Nous voilà loin de l'enseignement de Maître Ueshiba !
À pratiquer l'Aïkido tout court, renonçons-nous pour autant au principe de réalité ? Cette réalité hypothétique qui prend les traits d'une épée de Damoclès ? Ce " toujours possible " qui, tôt ou tard, peut nous rattraper sous la forme d'une agression au coin d'une rue ou d'un bois ? Non, bien sûr, et l'aïkido en lui-même est suffisant pour affronter cette réalité. Encore faut-il, comme il a déjà été dit, avoir atteint un certain degré de maîtrise qui ne s'acquiert qu'avec le temps, par une pratique assidue et un travail considérable sur soi.