Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 4)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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8. Temps, cacochyme et compagnie
En général, on ne rigole plus au seuil de novembre. Oublié le bruit des vagues ! Les pelles et les râteaux sont remisés jusqu’à l’année prochaine. Finie la rentrée avec ses odeurs de crayon de bois fraîchement taillés et les fragrances de cuir des cartables ! Le grand manège boulot-dodo tourne alors à plein régime broyant des jours de plus en plus courts. Un couvercle enfonce notre tête dans les épaules. La période est traditionnellement consacrée à ceux que l’on a aimés, ou non, mais qui, dans tous les cas, nous ont laissés là, désappointés de tant de vie de reste ; et l’orange amer des cucurbitacées ne suffit pas à éclairer les jours gris de leur sourire édenté… On ne m’en voudra donc pas de me livrer à une réflexion de saison, de saisir cette période pour distraire ces temps chagrins d’une courte réflexion sur… le temps.
Le temps file. Depuis que je pratique l’aïkido, les jours passent sans que je m’en rende compte. À peine le cours du mardi est-il passé que celui du vendredi s’annonce. Le cours du vendredi plié, je me pose pour rédiger un nouvel épisode de ce journal, et nous voilà déjà en vue du mardi suivant ! À ce décompte-là, c’est l’année qui s’enfuit, cursive, éperdue, ponctuée des quelques embardées que sont les pots charmants —participe plaisant—, et les passages de grade tambour battant —gérondif parfait.
Le temps file, tous les vieux vous le diront.
Je sais, je sais. Il est désormais incorrect d’appeler un chat un chat ; mais vous n’ôterez de l’esprit de personne que, comparé à un jeune, un vieux est un vieux. Surtout pour un jeune.
L’échelle du temps est extensible, on le sait depuis longtemps et… depuis peu. Conjuguez cela à la relativité, à présent connue et reconnue, puis assaisonnez le tout avec la part de subjectivité qui nous submerge le plus souvent, quoi que l’on fasse, et nous voilà avec un temps qui, recélant une réalité multiple et complexe, écartèle nos repères pour les mieux faire se toucher.
Ainsi, les jeunes qui découvrent l’aïkido ont-ils toute la vie devant eux et cependant beaucoup brûlent les étapes, sautent allègrement les obstacles, jouent dans les ukemis comme des dauphins dans les vagues. Ils ne craignent rien tant que de rester sur place. Il faut dire que tout joue en leur faveur : leur soif d’apprendre, leur désir de bien faire, leur souplesse, leur capacité à mémoriser rapidement et restituer de même… Pour moi, pauvre, qui me suis tard mis en route, qui manque de temps devant moi, je me sens contraint de presser le pas et ainsi de tenter de raccourcir l’échelle du temps alors même que mon corps, mes articulations, mes tendons, ne me suivent que de loin, méfiants et circonspects, au pas de sénateur !