Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 4)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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10. Pitié pour les Uke ! (lamento)
L'enfance de l’art… C’est joli, l’« enfance de l’art » ; mais c’est une curieuse expression. Par elle, on désigne ce qui, en art, est le plus simple, ce par quoi l’on commence, les premiers pas, les fondamentaux, ce qui ne devrait pas pouvoir s’oublier, ce qu’il y a de plus évident. C’est du moins ce qu’elle donne à entendre. L’enfance de l’art, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus facile ? C’est pourtant ce que je m’empresse d’oublier et sur quoi je me sens constamment en défaut, alors même que je me sens progresser sur d’autres points. Sortir de la ligne d’attaque, rester centré, rester bas sur les appuis, autant de recommandations qui s’envolent au fur et à mesure que les techniques se suivent, nouvelles ou non, malgré les rappels patients de mes professeurs.
Force
m’est de constater que, pour l’instant,
j’en suis encore à faire ce que je peux.
Quand je fais le compte de mes erreurs (comme Tori et comme Uke), j’en ai froid dans le dos.
Le plus souvent, pour une technique nouvelle, je ne réalise vraiment qu’une partie de la technique. Je ne comprends qu’un peu de la technique à la fois.
Paradoxe irritant, pour une technique supposée connue : prêtant attention aux conseils du professeur, j’oublie avec une régularité d’horloge ce que j’avais appris à son propos au cours précédent. Tout se passe comme si je cherchais à capter de l’eau de mes deux mains les doigts grand ouverts.
Le pire reste à venir et c’est dans la mise en œuvre des techniques qu’il prend tout son relief : ce qui devrait être généreux devient étriqué ; l’ouvert se referme ; le dynamique se fige ; les placements ne sont pas exacts et les déplacements, au mieux, se font lourds et souvent se réduisent, quand ils ne s’annulent pas, tout bonnement.
De là une réaction en chaîne : les passages en force redoublent ; l’intégrité physique de mon Uke n’est plus respectée et la fatigue redouble et ne fait qu’aggraver les choses.
J’ai
remarqué qu’en situation de passage de grade, tous
ces travers s’accentuent !
L’Uke
est le premier à souffrir de mes manquements :
qu’a-t-il fait pour mériter cela ? Rien sinon
d’être dans les parages !
Au fond, si l’on admet que le style est toute la différence entre faire ce que l’on peut et faire ce que l’on veut, je manque singulièrement de style. Réaliser avec soin les techniques en n’omettant rien de la somme des recommandations qui nous ont conduit à les apprendre ne se fait pas sans franchir un saut qualitatif. À voir évoluer quelqu’un qui a du style, le spectateur perçoit immédiatement la qualité de ses exécutions et l’Uke qui est de l’aventure la ressent de même.
Il y a, parmi les plus avancés, certains de nos partenaires qui cultivent une façon de faire que je reconnaîtrais les yeux fermés, sans parler de nos deux enseignants dont tout le monde convient spontanément qu’ils possèdent chacun leur style.
Le style est cette alchimie capricieuse qui mélange, à température ambiante, la personnalité physique et morale de l’individu ainsi que l’histoire de son apprentissage de l’aïkido (ses différents maîtres, etc.) aux techniques et aux principes sur lesquels elles reposent sans les trahir jamais.
Est-ce une émulsion tardive qui ne vient qu’à la longue ? C’est en tout cas ce qui se dit. Pour ma part, je ne peux encore l’affirmer faute d’expérience mais je m’emploie de bon cœur dans cette voie au rythme de mes possibilités.