Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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12. Pole position sur le circuit de la récompense

Je me suis aperçu, non sans effroi, que je devenais " accro " à cette boisson sucrée, gazeuse et fraîche que nous ingurgitons après l'entraînement à grandes rasades jusqu'à plus soif. Je me suis insidieusement convaincu que cette boisson représentait une sorte de récompense légitime pour l'effort accompli.

En soi, ce comportement ne paraît pas bien grave s'il n'était pas suspect de conduire à des pratiques addictives. D'autant que j'ai observé que je partageais cet engouement avec un nombre non négligeable de mes partenaires et l'idée de me retrouver, à terme, devant le spectacle désolant d'un club entièrement " défoncé " au sucre m'a fait dresser le peu de poils qu'il me reste sur le caillou.

J'ai donc étudié fissa la question de plus près pour tirer au clair cette affaire de dépendance et pour y trouver, au cas où elle serait inoffensive, une explication simple et rassurante, ou, dans le cas contraire, le moyen d'y mettre fin.

Ce que j'ai découvert m'a consterné.

En effet, " l'ingestion d'aliments au goût plaisant provoque la libération d'endorphines, des neurotransmetteurs qui procurent une atténuation de la douleur et une sensation de plaisir. Cette libération en implique une autre, celle de la dopamine, un neurotransmetteur également associé au plaisir. Or ce mécanisme naturel, détourné, serait à la base de la dépendance aux drogues dures. " Ainsi, cocaïne, nicotine, alcool… " provoquent la délivrance d'une quantité anormalement élevée de dopamine dans le noyau accumbens et dans le cortex préfrontal à partir de l'aire tegmentale ventrale (ATV)(1). Le circuit de la récompense

Ces structures cérébrales, qui appartiennent au " circuit de la récompense ", engendrent une sensation intense de satisfaction physique et psychique, que la personne droguée essaye de revivre en permanence.(2). "

Tout cela ne m'aurait pas autrement chagriné si je n'avais pas pris connaissance d'une récente découverte menée par l'équipe du Docteur Serge Ahmed, de l'Université de Bordeaux. " En août 2007, ce neurobiologiste et son équipe ont placé quarante-trois rats n'ayant jamais consommé de cocaïne dans une cage comprenant deux leviers permettant, huit fois par jour, d'obtenir une récompense : de l'eau sucrée pour l'un, de la cocaïne pour l'autre. Résultats : 94% des animaux ont actionné préférentiellement le levier distribuant… du sucre ! "(3) Mieux, 90% des rats préalablement habitués à prendre de la cocaïne choisissent l'eau sucrée.

Et ce n'est pas tout, contre toute attente, pour la solution sucrée, une variante du test a montré qu'ils sont prêts à se donner nettement plus de mal pour l'obtenir... On n'ose imaginer en quoi consiste la variante du test.

Quoi qu'il en soit, cette découverte étonnante, qui place au même rang sucre et drogues dures, a de quoi nous faire réfléchir. Pour ma part, j'avais cru intelligent de renoncer à la gorgée de bière innocente ou au ballon de blanc immaculé et bien frais au profit d'une boisson sans alcool, eh bien, je me suis trompé une fois de plus et je m'aperçois que les apparences et les fausses réputations m'ont pris en traître.

Au surplus, -je ne développerais pas ce point mais je le note pour mémoire- il faudra peut-être reconsidérer cette coutume de notre club qui veut que, chaque fois qu'on laisse tomber une arme par mégarde, on rapporte un paquet de bonbecs. J'avais déjà attiré l'attention sur les effets dévastateurs de cette pratique pour les dents, on saura désormais que c'en est là le moindre mal. Et il faudra y renoncer sous peine de voir nos détracteurs (peu nombreux, il est vrai) ajouter à leurs antiennes ineptes : " L'aïkido ? Tous des drogués ! "

PS : Je proposerais volontiers de remplacer les bonbons par des terrines de petites créatures innocentes, lapins ou volailles par exemple ; cela offrirait l'avantage non nul de se marier élégamment avec l'ingestion de bières locales ou de petits blancs chafouins.

(1) À ce point, comme je n'avais pas tout compris, j'ai sollicité les lumières de ma femme, qui faisait chauffer le frichti dans la cuisine, sur les quelques concepts qui m'avaient échappé. Sur quoi, elle me répondit sans hésiter :

" - Mais enfin, Dominique, les endorphines, tout le monde sait cela ! Ce sont des composés opioïdes peptidiques endogènes. Elles sont sécrétées par l'hypophyse et l'hypothalamus chez les vertébrés lors d'une d'activité physique intense, d'une excitation, d'une douleur ou d'un orgasme. Elles ressemblent aux opiacés par leur capacité analgésique et à procurer une sensation de bien-être. Quant aux neurotransmetteurs et aux neuromédiateurs, ce sont des substances biochimiques libérées par les neurones agissant sur d'autres neurones ou plus rarement sur d'autres types de cellules (comme les cellules musculaires). Pour la dopamine, c'est un neurotransmetteur appartenant aux catécholamines et donc issu de l'acide aminé tyrosine. La dopamine est également une neurohormone produite par l'hypothalamus. Sa principale fonction en tant qu'hormone est d'inhiber la libération de prolactine par le lobe antérieur de l'hypophyse. Tu vois quoi ? Bon, pour le cortex préfrontal, j'imagine, mon chéri, que l'on peut t'absoudre de n'en avoir pas le souvenir, car c'est l'une des zones du cerveau qui a subi la plus forte expansion au cours de l'évolution des primates jusqu'aux hominidés. En effet, c'est la partie antérieure du lobe frontal du cerveau, située en avant des régions prémotrices. Cette région est le siège de différentes fonctions cognitives dites supérieures (notamment, faut-il le préciser, le langage, la mémoire de travail, le raisonnement, et plus généralement les fonctions exécutives). C'est aussi la région du goût et de l'odorat. Pour L'aire tegmentale ventrale, là j'ai comme un doute et, comme je ne voudrais pas dire de bêtise, je cours ventre à terre confirmer ma première intuition… Voyons voir : " L'aire tegmentale ventrale du mésencéphale est l'une des régions les plus primitives du cerveau située au sommet du tronc cérébral. Ce sont les neurones de cette région qui synthétisent la dopamine que leurs axones dirigent ensuite dans le noyau accumbens ". (extrait de http://lecerveau.mcgill.ca/ : Les centres du plaisir chauffés au rouge) Oui c'est bien ce que je pensais. Au fait, tu as faim ?

- Heu, non plus vraiment, lui répondis-je.

- Tant mieux parce que c'est brûlé ! "

(2) Toutes les citations de cet épisode sont extraites de l'article : " Sucre - Il remet en cause la théorie de l'addiction ", Muriel de Véricourt, Science & Vie N°1102, Juillet 2009.

(3) Ibid.