Aïkido
: Le journal d'un débutant
(Saison 4)
Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/
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15. Ni messe basse ni Missa solemnis
"
Vous voyez ce que je veux dire. "
Christian Tissier
Je suis allé à mon premier stage avec Christian Tissier. C'était à Ronchin, un jour d'hiver glacial où un vent d'Est mugissait en chassant à l'horizontale de minuscules aiguilles de glace dure.
Avant que tout cela ne sombre dans une affreuse banalité, je veux noter mes impressions même si elles sont pas mal ratatinées par les quatre heures qu'aura duré la séance. Les deux cours donnés par le maître de Vincennes étaient pourtant équilibrés mais sans doute est-ce tout simplement moi qui ai mal dosé mes efforts dans la prévision des quatre heures.
Deux idées que j'avais cru pouvoir retenir volèrent d'emblée en éclats : ce genre de stage est fréquenté par une population exclusivement composée d'avancés (portant hakama) et si nombreuse que l'on ne peut chuter. Dans le dojo moderne et spacieux de Ronchin, nous étions une petite centaine parmi lesquels des Belges et même des Anglais de Newcastle qui avaient bravé le blizzard et le Tunnel sous la Manche. Une petite centaine avec une proportion non négligeable de débutants (l'un d'entre eux était à son sixième cours). Cela mérite d'être précisé, ces stages s'adressent vraiment à tous les niveaux.
Franchement, à propos de Christian Tissier, je me demande ce que je m'étais imaginé. Il est vrai que, comme nombre d'entre nous, je me suis fatigué les yeux des heures durant au visionnage de ces vidéos dans lesquelles on le voit, le visage sévère, enchaîner les techniques avec une netteté chirurgicale, tantôt à la vitesse normale, tantôt au ralenti ; ou encore, pétillant pour ne pas dire crépitant de mille feux dans des démonstrations à couper le souffle à Bercy. Et c'est les yeux encore rouges, le phosphore de la rétine encore marqué par les images imprimées de ces souvenirs ébouriffants, que je me suis présenté au stage dans un état de religiosité indescriptible pour mon premier " Tissier ", comme un préado à sa première communion.
Sans oublier mon passeport, bien entendu.
Les autres participants avaient pour la plupart le même comportement. Le moment était important pour tous. Même pour les vieux briscards qui n'en étaient pas à leur premier bal. Et le début du premier cours devait être marqué par ce silence de pénétration qui laisserait interdit n'importe quel observateur, fût-il caustique et narquois, surtout quand cette concentration émane d'une foule d'une centaine de personnes.
Mais la pratique en s'exécutant en alternance avec les explications nourries du Maître installa bientôt une ambiance de cours plus traditionnel. C'est, en définitive, cela qui m'a le plus surpris. Je m'attendais à être un peu désorienté, à manquer de certains repères et, finalement, je me suis senti " chez moi ", même si j'ai encore de gros progrès à faire.
Car dire que j'ai été ébloui par Christian Tissier serait faux. Ou alors je n'ai rien compris, ce qui est très possible. Si je n'ai pas été " ébloui " c'est que, d'abord il n'était pas venu pour cela. Il s'agissait d'un cours, un vrai : il était venu nous faire la courte échelle vers des techniques que nous pratiquons très souvent et que nous croyons pourtant connaître (par exemple sur katate dori, shiho nage ura et omote, kokyu Ho, irimi nage, kokyu nage…). Si la personnalité du Shihan m'a impressionné, c'est moins par sa maîtrise ronde mais qui sait se faire sèche et efficace, à laquelle je m'attendais, que par sa disponibilité et cette attention sans cesse portée à son auditoire dans le souci constant de ne jamais perdre son contact : " Vous voyez ce que je veux dire… ". C'est ainsi qu'il ponctuait souvent son propos, avec un regard englobant qui ne perdait aucun de ses auditeurs, un peu à l'instar de ce contact si précieux qui doit être préservé entre tori et uke. Son sourire, la gentillesse et la simplicité de son abord ont été aussi pour moi une découverte bien agréable.
Je ne me hasarderai pas à détailler tous les conseils qu'il a pu prodiguer et dont il n'est pas avare car il verbalise beaucoup quand d'autres s'en tiennent uniquement à des démonstrations. Il faudrait avoir participé au stage pour comprendre le " jeu des triangles sur katate dori " ou la nécessité de ne pas forcer le trait dans certains gestes sous peine de se mettre en danger. Une chose cependant : à un certain niveau de la pratique, le fait d'avoir des uke trop complaisants nuit à l'apprentissage. Démonstrations à l'appui, cela fut un des leitmotivs de ce stage.
Enfin, en présence de Bruno Zanotti, Christian Tissier devait remettre le 4e dan Aïkikaï à Philippe Anglade, qu'il accueillait avec émotion, " non comme un médaille mais comme un mission ".
Vifs applaudissements !