Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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21. On a fêté la Saint Patrick.

J'y pensais l'autre jour au zoo où nous étions allés, mon petit-fils et moi, en attendant l'ouverture de la chasse : au dojo, on a fêté la Saint Patrick. Cela peut sembler banal tant il est devenu du dernier chic d'arroser cette soirée à date fixe de Guinness en invoquant le nom de ce saint patron qui, sur ordre d'une papauté péremptoire au-dessus de tout soupçon, devait évangéliser toute l'Irlande avec le bonheur que l'on sait... Au dojo donc, Patrick nous a invités à fêter le saint dont il porte le prénom. Bon. Sauf que, par ce geste, il a ouvert une nouvelle voie. Ce billet n'a d'autre but que de le féliciter, le remercier et montrer à qui cela aurait échappé le message insigne dont cet acte est porteur et la générosité extrême dont il témoigne.

Jusqu'ici le rythme des pots dans notre club allait bon train, avec un rythme de croisière qui ronronnait à raison d'un pot tous les… Enfin, souvent, jusqu'à acquérir une certaine renommée et attirer de nouveaux membres. Mais Patrick, en cachant dans les plis de son hakama-kilt des canettes de bière irlandaise, outre qu'il nous a tous bluffés, nous a définitivement fait découvrir de nouveaux horizons.

Tels sont les vrais découvreurs. Que l'on songe à Christophe Colomb, Vasco de Gama, Marco Polo ou, plus proche de nous, Francis Blanche : avec leur petite moustache, ils ont l'air de ne pas y toucher et pourtant… elle tourne ! Ils partent au diable vauvert pour une raison et, alors qu'on ne les attend plus, en reviennent avec une autre qui change bientôt la face du monde.

Ainsi, à l'image de Patrick, sommes-nous fondés d'espérer de Bruno, par exemple, qu'il fête la Saint du même nom dignement. Bruno, avant de devenir le Saint que l'on connaît, était tout bonnement un moine qui devait fonder l'ordre des Chartreux. Eh bien, que Bruno vienne, un de ces jours prochains, en sandales et ceinture de corde, revêtu d'une robe de bure dont les plis enfermeront subrepticement quelques flacons de prunelle de Saint-Pierre de Chartreuse bien frappées et nous aurons ainsi une deuxième station à notre chemin de croix annuel.

Partant, je vous laisse imaginer la noria de célébrations que cette heureuse initiative étrenne : François, dont le saint patron parlait aux oiseaux, nous offrira l'occasion de goûter aux fiasques d'un Orvieto importé directement d'Ombrie. Saint Thésée nous abreuvera de résiné pendant que Guillaume, s'inspirant de Guillaume de Gellone (ou saint Guilhem), chevalier de Charlemagne, nous gratifiera d'un petit Domaine du Pas de l'Escalette tiré des fûts de chêne de Poujols (Hérault). Émilie, fidèle à l'esprit de Sainte Émilie de Rodat, moniale aveyronnaise, nous rafraîchira de l'eau de son puits quand Jean-François et Virginie, dont la patronne, Verge ou Virginia, bergère en Poitou au début du christianisme, a donné son nom au village de Sainte-Verge près de Thouars, nous requinqueront le 7 janvier d'un bon petit Saumur bien frais. C'est avec Rosie que le 'ti Punch s'impose, naturellement, et ses divins acras qui ne sont pas sans rappeler Sainte-Rose, en Guadeloupe. Christel et Christelle, en hommage à leur patronne martyre d'Avila, en Castille, au Ve siècle, nous rinceront allègrement d'un bon Ribera-del-Duero de haut vignoble le 24 juillet. Amaury, dont le saint né vers 1150, abbé de Cîteaux, dirigea comme légat du pape la croisade contre les Albigeois, se liguera comme de juste avec Dominique sous les auspices de Saint Dominique de Guzmán, fondateur de l'Ordre des Prêcheurs (dominicains) pour nous proposer une dégustation de Gaillac de toutes les couleurs (blanc, rosé et rouge du meilleur cru) le 8 août.

Je pourrais ainsi continuer de plus belle avec Aurélien et son saint, évêque d'Arles vers 550, qui imposa aux moines et aux moniales de savoir lire pour entrer au couvent ; Saint Ho, dont l'histoire reste à écrire ; Saint Julien l'Hospitalier, personnage légendaire, martyr en Égypte, fêté le 8 janvier en Orient et le 29 janvier ou le 12 février en Occident… Jusqu'à atteindre, dans l'exaltation la plus fervente, l'apothéose de la Toussaint, aux sons de flonflons populaires dignes d'une toile de Hieronymus Bosch…

Vous me direz que c'est du délire, que je m'égare, que j'exagère. À peine ! Car s'il faut être exact, nous aurons fêté la Saint Patrick, deux bonnes heures durant, par des salves d'irimi nage de toutes sortes, introduites par des entrées variées, des irimi nage à vous distendre le col et toutes ses vertèbres et à vous décrocher les mâchoires. Et c'est seulement pour clore une séance d'aïkido bien remplie que nous avons eu l'honneur de piper une rincette bénéfique offerte par un Patrick, notre Patrick, admiratif des Irlandais, ces Irlandais qui venaient lui jouer de la cornemuse dans le pavillon de l'oreille à Calais, la ville de son enfance ; ce cher Patrick qui, pour notre plus grand plaisir, porta ce jour-là un kilt entièrement bâti de ses propres mains, allant jusqu'à utiliser un appareil spécial qui permet de faire les plis, et tout, et tout.

" Mais enfin, cette histoire de kilt et de bière : tout cela n'a rien à voir avec l'aïkido ! ", me direz-vous encore. Et vous aurez raison. Mais vous conviendrez aussi avec moi que, plus qu'une anecdote ou un simple clin d'œil, le fait est l'indice de la chaude ambiance qui règne en notre club et, plus encore, celui d'un état d'esprit rare et précieux partagé par chacun de ses membres.

Gloire lui soit rendue, à lui et à tous les saints du calendrier !