Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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23. Jeux de mains

Texte inspiré par les prises de vue de techniques d'aïki signées Cédric Chort

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" Jeu de mains, Jeu de vilains ", dit-on. Ces images pourtant démontrent le contraire… Par exception peut-être. Il n'empêche : elles démentent ce que dit le dicton, par la préciosité des gestes, leur précision, les poses gracieuses des mains en action, la redoutable efficacité de leur mécanique articulatoire, la grâce naturelle qui émane du récit qu'elles suggèrent…

C'est pourtant une histoire de bataille. Mais, dans la lutte qui nous est contée, des blancs et des noirs, personne réellement ne sortira vainqueur. Une lutte qui restera à jamais ouverte quelle qu'en soit l'issue. Car celui qui croit saisir est bientôt à son tour saisi de surprise de se voir dessaisi de ce qu'il convoitait si imprudemment ; et, par un retour de situation qui est la règle de ce monde, l'agresseur, oublieux de cette loi première, tombe sous la coupe de celui qu'il croyait faire tomber. Il ne le sait peut-être pas encore ou, s'il sait, peut-être espère-t-il, mais, de sa belle attaque, c'en est déjà fini.

Tout part d'un contact. Deux êtres, face à face. Et jaillit l'étincelle. Vanité de l'attaque : qu'importe la saisie puisque aussi bien, l'instant d'après, elle n'est plus. Le poignet fragile, cible facile, tout à coup se dérobe à la poigne de fer. Et la main saisie ramenée sur le centre emmène l'autre, le décentre et le détourne de son intention, l'entraînant dans l'oubli, l'emportant dans une volte qui confine au vertige.

Écoutez ce langage des mains, il vous raconte la rencontre.
Écoutez ce langage des mains. Il en dit plus long que le regard, car il porte en creux l'échange bientôt relayé par le corps et ses déplacements, pour, à la toute fin, signer la chute.

Un discours gestuel qui peut parfois n'être rien qu'une esquisse, un semblant, une ombre de geste. Un leurre même, peut-être… mais qui se trouve être l'indication nette d'un incontournable destin.

On oublie trop souvent que, parce qu'elles sont deux, les mains jouissent d'une certaine autonomie et, tandis que l'une descend, plongeant le partenaire dans l'abîme auquel il s'est de lui-même voué, l'autre main le circonvient au moment où il s'y attend le moins.

Elles font parfois ballet dans un tournoiement digne d'un pas de deux, chacune soutenant le paradoxe de l'autre, solidaires, entraînant dans leur sillage et bien malgré elles des mains partenaires. Elles se font parfois alertes. Jamais en pure perte. Elles tiennent le monde devant elles entre leur paume, à la façon d'un ballon, que le partenaire empêtré de sa saisie ne peut déjà plus maîtriser.

L'histoire cent fois se renouvelle, l'un gagne l'autre jusqu'à ce que l'autre gagne le premier. Qui est vaincu ? Qui a gagné ? Jusqu'à ce que les mains se taisent, jusqu'à ce qu'elles se couchent à plat en silence, sur le sol, en signe de soumission… avant que tout ne recommence…

Avec les armes cette fois. Car tout ce que les mains disent ce sont les armes qui le leur ont appris. Leur vocabulaire…Leur syntaxe…L'audace de leur riposte…Le calme de leur parade. Leur chant si essentiellement choral, enfin.

Avant que tout ne recommence…