Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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24. Partie gratuite

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le soir ; il descend ; le voici.
Une atmosphère obscure enveloppe la ville
Aux uns portant la paix, aux autres le souci. "
Les Fleurs du Mal (1857), " Recueillement "
Charles Baudelaire

Les passages de grade approchent et avec eux les doutes qui assaillent tout être normalement constitué qui prend à cœur les choses. Et mes scrupules sont sans nombre.

Je vais venir vers vous riche de toutes mes imperfections. Je me présenterai devant vous, tremblant comme de juste, assuré de ne donner d’autres motifs que des trames nouvelles à de vieux enseignements, des raisons nouvelles de marteler de vieilles antiennes. Je serai sans doute ce livre ouvert révélant quelques insuffisantes recommandations mais, plus sûrement encore, cet être fragile de tout un fatras de trébuchements qui n’appartiennent qu’à moi, qui révèlent mon histoire personnelle et dont certains même me semblent désormais insurmontables. Je sais tout cela mais je me dois d’avancer, quel qu’en soit le prix à payer.

Alors ? Comme au flipper, je vais traquer les bonus. Aux manettes faire doucement pression, avec opportunisme, uniquement aux moments où la bille prendra le meilleur effet, sans à-coups, la ménager, me ménager, bien campé sur mes deux pieds un peu bas sur les appuis, attendre et laisser venir, n’intervenir qu’à coup sûr, parfois avec une légère anticipation : bille qui roule n’amasse pas mousse ; elle ricoche de plot en plot à grand fracas ; prend de la vitesse pour mieux venir percuter l’obstacle. Récupérer alors Uke dans mes bras pour mieux l’envoyer chuter… Enfin, c’est ce que je me dis. Enfin, c’est ce que je vais tenter… Marquer des points ? Oui mais sans bousculer le flipper ! À quoi bon chercher le tilt ? En aïkido, c’est la partie gratuite qui compte, pour l’un comme pour l’autre. N’est-ce pas cela, toute honte bue, qui permet de recommencer et de recommencer ainsi indéfiniment ?

Et pour parfaire ma préparation, je me pénètre de ces conseils prodigués à un autre dans les vestiaires à quelques jours du passage de sa ceinture noire, des mots simples —que je reprends ici à ma façon—mais qui m’ont paru encourageants pour celui qui les recevait. J’en remercie ici Cédric qui en est l’auteur parce qu’ils me servent à moi aujourd’hui :

Préparer son passage et ne s’y présenter qu’à cette condition. Le jour venu, ne plus se poser de question, faire “son” aïkido, le mieux possible c’est-à-dire avec soin, réaliser une technique après l’autre et ne se préoccuper que de la technique à réaliser, autrement dit : oublier celle que l’on vient de faire, bien ou mal, pour se concentrer sur la suivante. Rester serein, tranquille. Faire sien le mot d’Arletty, traqueuse invétérée, qui considérait le trac comme l’indice d’une vraie conscience professionnelle : « De toutes façons, y a pas de mal dans ce truc-là : les morts au théâtre se relèvent toujours !” De même, à l’aïkido, un passage non réussi peut toujours être recommencé, avec succès cette fois, avec un peu plus d’expérience.

Mention spéciale à l’attention des débutants : ce qui est vrai pour le passage de la ceinture noire est vrai pour n’importe quel passage de grade, dès le 5e Kyu. Alors, avis aux amateurs !