Aïkido : Le journal d'un débutant
(Saison 4)

Publié depuis le 9 décembre 2006 sur le site du club Marcq Aïkido : http://www.marcqaikido.com/

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25. Rêve d'Icare : embarquement immédiat

" Coucou.

Le mot s'est posé sur la page avec la grâce d'un oiseau.

Des coucous, il n'y en avait pas d'autres, sur le tarmac rouge et vert, curieusement rectangulaire, un tatami qui scintillait d'une lueur d'aurore et d'où je décollai tôt pour une quête sans objet fors elle-même. Destination : le hasard. Où l'on va n'est pas ce qui compte et ce qui m'était précieux alors l'est toujours : faire prendre l'air à ma voilure, droit sur l'aventure. Comme cestui-là qui…

Suis-je drone ? Ornithoptère ou Latécoère ? Si je devais être avion, serais-je le Spirit of Saint-Louis ? En faut-il des heures de vol pour le savoir ! Le sait-on jamais enfin ?… Seule certitude : on n'avance qu'en marchant. Et dans ce constant déséquilibre avant, j'ai aussi appris qu'il n'est pas utile de prendre de la hauteur pour tomber de haut : d'un mouvement hélicoïdal, le nez en l'air, furtif, l'Uke casse toujours du bois à l'atterrissage.

Je suivais scrupuleusement ce plan de vol aléatoire et cependant que le jour déroulait ses tapis de prairies, de champs aux terres brunes et rouges parsemés de myriades de villages en étoiles, l'ombre de chemins creux s'étirant épousait la courbure de la terre. Entre ciel et nuages, en route vers ce lieu hypothétique où je croyais me trouver, je rencontrais d'autres pays jusqu'ici lointains, insoupçonnés, dont le sourire me hante encore, même ici, au plus haut des nuées. Ils ont nom Marie, Pascale, Michel, et tant d'autres encore dont j'ignore le nom -là n'est pas l'important- aux basques de qui, dans la hâte, le désir de les retrouver, j'aurais volontiers lâché les réacteurs hurlants de mon zinc à deux balles.

À l'arrivée sur la piste, mon biplan au roulage, personne.

Alors, alors… Je suis reparti… Sur Québec Air, Transworld, North-East, Eastern, Western Puis Pan-American… Tout chamboulé de ne savoir plus où j'étais rendu, jo en main pour tout manche à balai, je sillonnais l'azur, toujours recommencé, avec la froide détermination d'un kamikaze piquant du nez à pleins gaz, enchaînant loopings, vrilles et rase mottes…

Mon " plus lourd que l'air " en Enola Gay léger, oublieux de toute mission, sans nulle détresse à bord, sans détresse à lâcher sur quiconque eût levé le nez.

À cette vitesse de croisière supersonique, je résistais au mieux aux soubresauts et suivais ce fil d'Ariane fantasque : chercher les autres, aller à leur rencontre, ne plus rien craindre d'eux, tous archanges en grande tenue, jupes noires, ailes blanches.

Quand la tour de contrôle tout à coup m'annonça.

Il n'est bonne compagnie qui ne se quitte…

Au réveil, un peu ivre de ce songe, je me fis cette réflexion que, si, pour illustrer la voie de l'aïkido, je devais détourner un avion de sa vocation première, je choisirais le bien nommé Concorde pour qui deux pays, qui auraient pu être ennemis, s'associèrent plutôt que de se faire la guerre et qui, mêlant leur art chacun à sa manière, à la façon du couple Uke-Tori, réalisèrent le plus grand et plus bel engin à vol plané qui ait jamais caressé la terre.

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